Se parler et bonne gouvernance sont indissociables. Vous en doutiez ? C’est toujours bon de le rappeler. Sans véritable concertation, on tend vers le désordre mais surtout vers une totale inefficacité des pouvoirs publics.

– Chronique signée Pierre-Frédéric Nyst, président de l'UCM

Tout est en place pour cinq ans de législature en Région wallonne. C'est le moment de rappeler la nécessité, de dialoguer entre acteurs de tous bords, politiques, patronaux, syndicaux ou issus de la société civile. Les bonnes habitudes doivent se prendre d'emblée !

Afin de confectionner son Mémorandum en tenant compte au maximum des réalités de terrain et des besoins des entrepreneurs, l'UCM a parlé avec ceux-ci et les a écoutés. Se parler et s’écouter vont bien évidemment de pair. C'est la règle de base de la concertation.

L’exercice conduit immanquablement, s’il est réussi, à la meilleure forme de constitution de projets de société. C'est vrai dans tous les domaines même si le premier qui nous vient à l’esprit se nomme concertation sociale. D’aucuns la considèrent comme fondamentale - et j’en fais partie – alors que d’autres la minimisent et, très clairement, s’en passeraient volontiers.

C’est vrai qu’elle souffre la concertation sociale ; on la cadenasse, on l’empêche de respirer, on attend d’elle qu’elle règle tout. Elle a bon dos. Elle reste, à mes yeux, tout à fait légitime ; c’est un outil de construction pacifique des législations sociales. Elle permet d’éviter le passage en force et s’inscrit dans une ligne du temps qui donne aux décisions et aux réformes nécessaires une assise plus confortable qu’un arsenal législatif constamment remanié au gré des couleurs politiques.

"Celui qui parle sème, celui qui écoute récolte", Proverbe persan

Mais se parler n’est point chose aisée, loin s’en faut. Je dirais même que l’exercice relève de l’art, ou d’une forme d’art, et nécessite de grandes qualités dont l’optimisme et l’humilité sont les plus nécessaires.

Optimisme : la Wallonie en a besoin. Les acteurs doivent être des convaincus et s'engager pour son avenir…Croire en la Wallonie, c’est, comme le précise la déclaration de politique régionale "croire qu’elle dispose d’un potentiel considérable pour l’avenir, que ce soit en raison de sa situation géographique, de son tissu économique et social et surtout des qualités, des compétences et du potentiel de sa population". Mais il ne peut être question d’optimisme béat. Les contraintes budgétaires sont là et bien là. Peut-être devrais-je parler d’optimisme "éclairé".

Se parler exige aussi une sacrée dose d’humilité : laissons nos dogmatismes de côté et soyons pragmatiques. Cet exercice impliquera parfois de s’installer à la table des négociations alors que le cœur n’y est pas… Retrousser ses manches et accepter de regarder dans la même direction. Décider et avancer.

Une concertation réussie implique aussi d'en déterminer sans ambiguïté les règles de fonctionnement. Ainsi, le modèle mosan qui donne toute latitude aux partenaires sociaux dans des matières précises avec l’engagement du gouvernement de respecter le fruit des discussions des partenaires doit être appuyé. L’exercice est possible si chacun joue le jeu. Il ne sera effectif que s’il est inscrit dans un climat de confiance entre les différents acteurs. Il est certes toujours délicat à mettre en place et exige de ne pas brusquer les autres. Ainsi, la possibilité évoquée par le gouvernement bruxellois de taxer les déplacements dans la capitale, histoire de bouleverser les agendas des deux autres régions à réfléchir sur la taxe kilométrique, relève, faut-il le reconnaître, d’une absence de concertation élémentaire.

Et oui, se parler est tout un art. Doit-on inventer de nouvelles structures pour se parler ? En réalité, elles existent et rien ne sert de créer de nouveaux outils dans un paysage déjà si complexe. Le Comité de concertation, c’est notamment de lui qu’il s’agit, doit être activé – ou réactivé. Il rassemble les gouvernements fédéral, régionaux et communautaires et évoque les dossiers qui, dans le cadre d’une bonne gouvernance, nécessitent une collaboration entre ces différents niveaux de pouvoir. Se parler et bonne gouvernance sont indissociables. Vous en doutiez ? C’est toujours bon de le rappeler. C'est évident pour les matières liées à la mobilité et à la fiscalité. Elles appellent de manière criante à la concertation, sous peine d’un désordre – voire un chaos – et d’une totale inefficacité des pouvoirs publics.

Se parler, s’écouter et se concerter : voilà la boucle est bouclée.

Mesdames et Messieurs, politiques, corps intermédiaires, société civile, jeunes : la balle est dans votre camp, la balle est dans notre camp.

Ovide avait écrit : l’Art d’aimer ; commençons par se parler…