Libre Eco week-end |

À force de rencontrer des entrepreneurs, ou d’écouter leurs témoignages, je réalise un trait que beaucoup ont en commun : une forme d’audace, une impatience "à y aller". Cette audace, que l’on pourrait parfois lire comme une impulsivité, les pousse à oser aller demander le rendez-vous, à présenter leur produit à un appel d’offres, même quand ça semble grillé, etc.

Et souvent, ça échoue, et parfois ça marche. C’est-à-dire qu’il faut non seulement cette qualité, mais il faut en faire preuve de nombreuses fois, dans la durée. Il s’agit d’avoir les nerfs de se prendre de nombreux "non", pour obtenir à l’occasion un "oui". Celui qui s’arrête au premier (ou second) refus, se prive de possibilités d’améliorations, d’ajustements, qui feraient que la dixième version ne serait pas la même chose que la première, parce que le produit aura évolué à la suite des feedbacks, le pitch se sera fluidifié, etc.

Enfin, il faut aussi déminer en soi cet adage "on n’a qu’une chance de faire une bonne première impression", qui paralyse beaucoup d’entrepreneurs dans une "perfectionnite" qui les retarde.

Pour contrebalancer : "Si vous n’êtes pas gênés de la première version de votre produit, c’est que vous l'avez lancé trop tard", dit Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn.

Ces traits de caractère sont souvent liés à la jeunesse. Quand on est jeune, on craint moins d’avoir l’air ridicule, on souffre moins du syndrome de l’imposteur et, surtout, on est davantage indifférent au qu’en-dira-t-on.

Ce lien à l’âge n’est pas absolu, bien entendu : il y a de nombreux jeunes qui n’ont pas l’audace (parce que soucieux du regard des autres) et il y a des entrepreneurs qui gardent leur audace à travers l’âge. Une capacité à se lancer de nouveaux défis, même et surtout quand ils semblent risqués, sur des territoires inconnus, voilà un moyen de garder sa jeunesse : il suffit de regarder les multiples entreprises lancées par Elon Musk, ou Richard Branson (70 ans et toujours vif). Et on se rappellera qu’il avait choisi le nom Virgin, précisément en rapport à son inexpérience (dans l’industrie musicale à l’époque).