Comme beaucoup d’autres secteurs, l’écosystème start-up compte divers prix et autres "labels" afin de distinguer les start-up méritoires. Rien de plus normal ; et c’est l’occasion de donner un coup de projecteur sur une entrepreneure ou l’autre, sur une scale-up prometteuse.

L’aventure Odoo, à laquelle j’avais participé dès 2010, a collectionné toute une série de ces récompenses au fil de sa croissance ininterrompue…

Dans de tels cas, le succès était mesuré avec des critères assez "business", comme le chiffre d’affaires, le taux de croissance, le bénéfice, ou le personnel ; des critères chiffrés assez incontestables. Certaines de ces distinctions reconnaissent une qualité particulière : par exemple, la récente labellisation B Corp de Kazidomi souligne l’engagement de l’entreprise sur des critères sociaux et environnementaux.

Mais j’avoue que je rencontre parfois des entreprises qui semblent dans une collectionnite de récompenses diverses : prix de la start-up la plus innovante de tel accélérateur régional, label exotique (et peu connu)… Dans certains cas, on rencontre une start-up qui semble accumuler les récompenses au fil des ans, mais lorsque l’on creuse, on se rend compte que le product-market fit n’est toujours pas vraiment atteint, que les revenus restent faiblards et que les investisseurs font plutôt grise mine.

On arrive là je crains à un dévoiement de (certaines) de ces distinctions : elles finissent surtout par avoir une fonction de vanity metrics, qui permet à l’entrepreneur de gagner de la visibilité, mais d’une façon décorrélée du business réel.

Si l’on peut accepter ça dans les toutes premières années d’une start-up (quand des critères d’innovation peuvent être annonciateurs d’un possible succès commercial), lorsque c’est mis en avant par une start-up de plus de cinq ans qui n’a toujours pas trouvé son modèle d’affaires, ça devient suspect.

Je ne peux donc qu’encourager les entrepreneurs à poursuivre ces récompenses, mais à ne pas être dupes : sur le terrain de jeu économique, arrive un moment où le principal tableau de score continue à être la marge qui permet de financer l’activité, la croissance, le risque des investisseurs.