Libre Eco Week-end

Cette crise sanitaire aura conduit à gonfler la dette publique à une vitesse inégalée depuis l’après-guerre. Elle aura aussi fragilisé encore davantage notre régime public de retraites par répartition. Il est du devoir de tout citoyen quelque peu responsable de réfléchir à un complément pour sa retraite, d’autant plus que les intérêts perçus sur les 300 milliards d’euros d’épargne de précaution ne rapportent pas assez pour compenser l’inflation. Conserver son capital sur un compte d’épargne, c’est la certitude de s’appauvrir.

Une des recommandations de l’OCDE à l’égard de la Belgique est d’encourager sa population à se constituer un revenu de pension complémentaire. Il existe des produits d’épargne-pension offerts par les assureurs mais les commissions de gestion sont très élevées relativement aux rendements espérés, qui ne sont d’ailleurs pas toujours garantis ou fiscalement attractifs, voire même les deux.

Une origine qui remonte au 17e siècle

Il existe une autre piste sous-exploitée, celle des associations collectives d’épargne, dont l’origine remonte au 17e siècle en Italie, France et Portugal, notamment sous l’influence de Nicolas Bourey, Anversois d’origine. Au 19e siècle, les rentes assurantielles provenaient très fréquemment de ces associations.

Leur principe est très simple. Chaque membre de l’association investit le montant souhaité dans un fonds d’investissement dans le but de se constituer une retraite complémentaire, idéalement sous la forme d’une rente mensuelle. Le produit de ce fonds est redistribué aux membres dès leur retraite à condition qu’ils soient en vie, comme c’est le cas pour la retraite légale versée par l’État.

La rente versée n’est forcément pas fixée une fois pour toutes ; elle peut augmenter avec l’âge dans le cas où vous vivez plus longtemps que les autres membres, ce qui peut permettre de couvrir des dépenses de soins de santé plus élevées que prévu. C’est crucial, car le risque de longévité est très souvent sous-estimé par la population. Pour de nombreuses personnes, et pas uniquement dans les couches les plus défavorisées de la population, la retraite légale sera insuffisante pour profiter de sa quatrième "jeunesse" tout en évitant de dépendre de ses proches.

La solidarité au sein de l’association est également forte et juste ; elle n’hypothèque ni l’avenir de ses membres, ni celui des plus jeunes générations qui auront sans doute à subir une réforme douloureuse des régimes de retraite un jour ou l’autre. Et logiquement, les personnes qui vivent longtemps reçoivent plus que ceux qui décèdent plus tôt, comme c’est le cas pour la retraite légale. Les montants investis restent toujours la pleine propriété des membres et aucune partie externe ne doit être indemnisée en plus, hormis des frais d’investissement éventuels, car le partage des risques se fait directement entre les membres. On évite ainsi les coûts que doivent souvent facturer les assureurs en raison de leur réglementation, de l’utilisation de tables de mortalité très conservatrices, et de leur structure administrative.

Fonds socialement responsable

La contribution de chaque membre au développement du tissu économique et social est aussi plus directe. Au lieu de permettre aux banques d’investir leur épargne qui ne rapporte rien sur leur compte sans savoir où il va, les membres choisissent d’investir directement leur capital dans des fonds qui peuvent être socialement responsables, visant à concilier performance économique et responsabilité sociale et environnementale. Les membres contribuent ainsi à une utilisation à la fois productive et personnalisée de leurs capitaux, tout en minimisant les coûts et en défendant leur intérêt personnel.

Sans chercher à blâmer qui que ce soit, la gestion étatique de cette crise sanitaire aura été une calamité. Pour combler les lacunes de l’État Providence, mettons rapidement en place des associations collectives d’épargne pour prendre en main notre pension complémentaire.