Vous avez déjà certainement entendu dire que la lenteur du déploiement des vaccins en Europe risquait d'entraîner un repli de son économie, laissant craindre que, sous l'effet de la déception, les marchés actions, surchauffés, s'inscrivent en baisse ? Les médias aux quatre coins du continent s'en font largement l'écho. Le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro, invoquant le retard des campagnes de vaccination. De leur côté, les économistes du secteur privé craignent que cela entraîne une récession à double creux. En réalité, plus ces experts s’interrogent et angoissent, plus vous pouvez considérer que les marchés ont déjà intégré ces inquiétudes, qui sont désormais bien connues, et sont passés à autre chose. Ce service inconscient des économistes est l'un des enseignements clés de 2020, qui reste pleinement d'actualité aujourd'hui.

C'est même devenu une espèce de routine : plus un événement suscite l'attention, plus les sceptiques y voient un risque « majeur ». Mais ce que beaucoup omettent, c'est que si un fait domine l'actualité, tout le monde en a connaissance. Par conséquent, les investisseurs ont déjà réagi en achetant ou en vendant des actions. C'est toujours comme ça que ça se passe.

On oublie que les marchés sont une immense salle des ventes qui réunit des milliards d'acheteurs, de vendeurs et de spectateurs. Le prix que les opérateurs sont prêts à payer pour des actions dépend de leur perception des choses. Et cette perception ne sort pas de nulle part. Elle est forgée par les médias, les prévisions et les craintes. Lorsqu'un fait est connu de tous et que les experts l'ont déjà largement disséqué, le sentiment du marché à son égard est établi. Quelle incidence a-t-il alors sur les marchés actions ? Aucune.

Les surprises en revanche ont un impact important sur les marchés, comme ce fut le cas en 2020. Il y a treize mois de cela, la plupart des investisseurs s'attendaient à voir les marchés poursuivre leur ascension. La croissance économique semblait devoir perdurer. L'apparition d'un coronavirus en Chine n'a reçu que peu d'écho. Puis la Covid est arrivé en Europe. Les gouvernements ont provoqué la sidération générale en instaurant des mesures de confinement qui ont donné un coup d'arrêt à l'activité économique. Vous connaissez la suite, en particulier la contraction record qu'ont connue les actions entre février et mars, passant de sommets historiques à un marché baissier. L'optimisme a fait place à un profond désespoir du jour au lendemain.

La plupart des experts pensaient que ce vif repli n'était que la partie visible de l’iceberg. Ils s’attendaient au pire et comparaient la situation à la Grande dépression des années 30. Dès le début, ils ont mis en garde contre une deuxième vague d'épidémie durant l'automne et l'hiver, qui aurait un impact bien plus important sur le plan sanitaire, sans parler de l'économie et des marchés.

Cela s'est vérifié en matière de santé publique, à l'évidence. Nous sommes toujours confrontés au problème. En revanche, les avertissements concernant les marchés actions sont restés sans suite. Après avoir chuté de 33,8 % et atteint un plancher le 23 mars, les actions ont fortement rebondi. Ce rebond s'est amorcé avant qu'un quelconque signe de reprise économique ou de baisse des nouvelles infections ait été observé et c'est ce qui explique également que les actions européennes grimpent actuellement, malgré les retards dans le déploiement des vaccins.

Tout le monde savait que les mesures de confinement entraîneraient un blocage de l'activité économique. Le battage médiatique dont elles ont fait l'objet a émoussé la force de leur impact. Avant même que le repli soit confirmé par les données, les marchés s'étaient forgé une opinion. Ils avaient anticipé la contraction économique et, une fois le choc intégré dans les cours, ils ont commencé à regarder vers l'avenir et à anticiper une reprise de l'activité. Ils savaient que l'économie reprendrait des couleurs dès qu'elle aurait redémarré, ce qu'ont confirmé bien plus tard les chiffres du PIB, notamment en Belgique. Le PIB belge a affiché aux premier et deuxième trimestres 2020 une contraction en glissement trimestriel de 3,4 % et 11,8 %, respectivement, sensiblement de la même ampleur que celle observée à l'échelle de la zone euro. Ils ont ensuite rebondi de 11,6 % en glissement trimestriel au troisième trimestre, là encore dans la même mesure que le PIB européen, à la faveur du redémarrage de l'économie.

Le rebond s'est poursuivi même lorsque les craintes d'une deuxième vague de Covid se sont concrétisées. La Belgique a connu une forte hausse du nombre de nouveaux cas en septembre, avec un pic en octobre, mois au cours duquel les taux ont été largement supérieurs à ceux enregistrés au printemps. Le 31 octobre 2020, le gouvernement du Premier Ministre Alexander de Croo a annoncé de nouvelles mesures de confinement à l'échelle nationale. L'Europe et la plupart des pays occidentaux n'ont pas tardé à suivre. Pourtant, entre cette date et la fin de l'année, les actions de la zone euro et mondiales ont bondi de 19,4 % et 11,9 %, respectivement. Comme tout le monde s'attendait à une deuxième vague, les marchés l'ont anticipée et ont regardé vers l'avenir, se concentrant notamment sur les avancées en matière de vaccin.

Mi-novembre, la nouvelle de la découverte de vaccins efficaces s'est répandue comme une trainée de poudre dans les médias. Alors que les experts désignaient déjà les entreprises qui « gagneraient » la course au développement, les actions ont bondi. Depuis longtemps en retrait, les actions de valeur – émises par des entreprises sensibles à l'évolution de l'économie, misant davantage sur un redémarrage de celle-ci – ont repris de la hauteur. De nombreux observateurs ont entrevu la possibilité qu'elles dominent le marché pendant des années.

Mais elles se sont repliées en quelques semaines. Entre le 6 et le 24 novembre, les actions de valeur ont affiché une performance de 10,5 %, devançant ainsi leurs homologues de croissance, qui n'ont rapporté pour leur part que 0,2 % lors de cette même période. Et ensuite ? Les actions de croissance ont repris l'ascendant, avec une performance de 10,0 % contre 4,4 % pour les titres de valeur. L'hypothèse selon laquelle les vaccins entraîneraient un rebond des actions de valeur était éventée. Les marchés avaient anticipé l'impact des vaccins depuis des mois.

Certes, les retards enregistrés depuis dans leur déploiement peuvent susciter l'inquiétude, mais les avancées comme les reculs sur ce front sont suivis attentivement partout dans le monde. Il est fort peu probable que les retards enregistrés dans l'immense tâche que représente la campagne de vaccination à l'échelle européenne créent un choc sur les marchés. Les marchés actions ne s'attendent pas, et ne s'attendaient pas, à ce que tout se déroule à la perfection. Ça n'est presque jamais le cas. C'est pourquoi, malgré l'inquiétude ambiante, les actions européennes ont bondi de 6,5 % lors de la première quinzaine de février. Faites confiance aux marchés.

Ce constat est immuable : dès lors qu'un fait reçoit une large couverture médiatique – qu'il s'agisse d'une bonne nouvelle ou d'un drame –, sa force d'impact est réduite. Les actions n'en feront pas grand cas, car les experts s'en seront chargés pour vous – et ce, gratuitement.

C'est le grand service qu'ils vous rendent en sous-main. Ils aident les marchés efficients à s'adapter aux informations et à anticiper les développements probables. Ils vous montrent les craintes auxquelles il n'y a pas lieu de céder.