Les investisseurs sont aujourd'hui à la croisée des chemins après le plongeon le plus rapide de l'histoire des marchés actions internationaux.

Une chronique signée Ken Fisher, Fondateur de Fisher Investments Monde et Président Exécutif et Co-Directeur des investissements de Fisher Investments

Les actions belges dont la capitalisation boursière est plus modeste font partie des valeurs les plus durement touchées, avec une baisse largement plus marquée que celle enregistrée par les grands indices boursiers internationaux. Face au nombre de décès croissant, à la fermeture (confinement oblige) de la plupart des entreprises jusqu'au 3 mai au moins, et aux plus de 1,2 million de travailleurs inscrits au chômage, les investisseurs belges auraient des raisons objectives de perdre espoir. Avant tout, nous tenons à vous exprimer toute notre sympathie quelle que soit la façon dont vous êtes touché par ce tragique virus. Mais pour bien investir, en particulier aujourd'hui, vous devez faire la distinction entre votre perception du marché actions d’une part et celle de l'économie et le bilan humain tragique d’autre part.

Même s’il est difficile de le concevoir à l’heure actuelle, tous les marchés baissiers sont suivis d'un marché haussier. Celui-ci étant plus précoce et plus vif que la majorité des observateurs ne le pense. Le marché haussier apparait systématiquement alors que l'économie continue à empirer et que la situation semble sans issue. Votre positionnement aujourd'hui aura sans doute une grande influence sur votre capacité à en profiter. Pour cela, il convient d'envisager deux trajectoires qui dépendent d'un seul facteur : la durée du repli des marchés, qui déterminera presque à coup sûr le profil des titres qui surperformeront ensuite.

Les replis significatifs des marchés se présentent généralement de deux façons : des corrections et des marchés baissiers. Les corrections sont des baisses rapides et de courte durée, d'une ampleur comprise entre -10 et -20 %. Elles sont engendrées par une perte de confiance soudaine, et non par une nette dégradation de la conjoncture économique. Bien avant que les craintes s'atténuent, les actions rebondissent aussi fort qu'elles avaient chuté, dessinant ainsi un V presque parfait sur un graphique. En revanche, les marchés baissiers se manifestent par des baisses nettement plus importantes et durables, imputables à des causes fondamentales identifiables après coup. Ils démarrent lentement en général car les cours des actions se mettent progressivement à refléter la probabilité grandissante de récession et les excès précédents du cycle économique qui doivent être corrigés pour que la prochaine phase d’expansion économique durable intervienne. Les marchés baissiers durent généralement bien plus longtemps et la baisse s'accélère jusqu'à leur paroxysme. Toutefois, ils atteignent toujours leur point le plus bas au moment où la dégradation de la conjoncture économique s'accélère.

La baisse actuelle des marchés est atypique. Nous l’identifions tout d’abord comme étant un marché baissier car l'ampleur de la baisse est suffisante et est imputable à une cause fondamentale identifiable : les répercussions économiques du confinement de la société en réaction au Covid-19. Mais en fait, jusqu'ici, le comportement des marchés évoque plutôt une correction surdimensionnée. En effet, la situation n'a pas démarré en douceur comme lors d’un marché baissier traditionnel. En l'espace de quelques séances seulement, les actions internationales ont dévissé avec une rapidité sans précédent, passant de sommets historiques à des profondeurs évocatrices d'un véritable marché baissier. La plupart des petites capitalisations locales ont cédé plus de 40 % en l'espace de quatre semaines. En outre, l'économie n'était pas en train de se dégrader ou n'était pas en surchauffe précédemment.

Pourquoi cette distinction est-elle importante ? Parce que les actions les plus performantes après les corrections ne sont pas du tout les mêmes que celles qui surperforment après les marchés baissiers. Après les corrections, l'économie n'est pas fondamentalement différente. Les secteurs qui surperformaient avant restent en tête après. C'est ce qui s'est passé lors de la correction du quatrième trimestre de 2018. Les valeurs de croissance phares de qualité surperformaient avant et ont continué à mener la danse après, comme nous l’avions prédit. Si la paralysie actuelle de l’activité s’avère éphémère, il devrait en aller de même cette fois, malgré l’ampleur du repli des marchés qui correspond tout à fait à celle observée lors d’un marché baissier.

Voilà pourquoi il faut une nouvelle fois privilégier les valeurs de croissance internationales phares de qualité qui dégagent de confortables marges d’exploitation brutes. Intéressez-vous aux valeurs technologiques, qui ont été les plus performantes en 2019, ainsi qu’aux valeurs assimilées comme Netflix, Facebook et Google, qui sont classées dans le secteur des services de communication. Visez les fabricants de dispositifs médicaux en forte croissance, ainsi que certains acteurs des biens de consommation discrétionnaire, notamment les valeurs du luxe. Les entreprises plus petites et celles opérant dans des secteurs sensibles à la conjoncture économique (industrie, matériaux et finance) resteront sans doute à la traîne. Les petites capitalisations sont prépondérantes sur le marché belge et, pour investir dans des méga-capitalisations, il faut aller à l’étranger. Pour les valeurs technologiques, commencez par les États-Unis, les Pays-Bas et l’Allemagne. Pour le luxe, concentrez-vous sur la France et pour les fabricants de dispositifs médicaux sur les États-Unis.

En revanche, après les marchés baissiers classiques, les valeurs décotées de taille réduite, de moins bonne qualité et sensibles à la conjoncture économique surperforment. Elles sont souvent les plus malmenées lors des phases baissières, car la récession fait surgir le spectre d'une faillite. Avant même que la réalité s’avère moins sombre, elles voient leur cours s’envoler, comme ce fut le cas à partir du 9 mars 2009 pour les valeurs belges, qui ont battu à plate couture les actions internationales. Si le confinement actuel aboutit à une contraction durant l’été entier, l’on peut s’attendre à ce que les petites valeurs décotées (dont la Belgique regorge) voient leur cours flamber à un stade précoce, notamment celles issues des secteurs de l’industrie, des matériaux et de la finance, et ce, en Belgique comme à l’étranger.

Dans un cas comme dans l’autre, il convient d’éviter les valeurs défensives telles que les services aux collectivités et les valeurs traditionnelles dans les télécommunications. En général, elles restent à la traîne, notamment en début de rebond. Par ailleurs, il s’agit généralement d’entreprises largement endettées qui profitent également de la baisse des taux d'intérêt. Toutefois, dans la mesure où toutes les banques centrales ou presque ont déjà ramené leurs taux directeurs à zéro, voire en dessous, et pratiquent l’assouplissement quantitatif à grande échelle, ces valeurs défensives reflètent déjà des taux bas. Selon nous, il convient d’aller voir ailleurs pour ses investissements.

Jusqu’ici, le repli actuel, bien qu’ayant l’ampleur d’un marché baissier, présente aussi des caractéristiques s’apparentant généralement aux corrections. Cela pourrait certes changer, mais selon nous la situation plaide pour l’instant en faveur d’investissements dans des valeurs de qualité et de croissance. Les valeurs technologiques, celles de la santé et de nombreux géants des biens de consommation ont mieux résisté à la tempête que la plupart des titres des autres secteurs.

Cette baisse mondiale est douloureuse et particulièrement difficile pour les investisseurs belges. Mais les fortes baisses sont toujours suivies d’une relance, et ce, bien avant que les participants au marché comprennent que la reprise est en marche. Aussi, préparez-vous dès aujourd'hui à profiter de ce rebond.