Comment tirer le meilleur d’une situation difficile ? Téléphonez à Michael O’Leary, le patron de Ryanair, et il vous expliquera cela avec son plus bel accent irlandais. 

Longtemps adepte de la communication à tout prix ("en bien ou en mal, l’essentiel est qu’on parle de moi"), l’homme est devenu, avec l’âge, un champion de la communication de crise. Et une crise, Ryanair s’apprête à en vivre une nouvelle : la compagnie irlandaise a misé son futur sur le Boeing 737 Max, l’avion cloué au sol depuis mars suite aux deux accidents ayant coûté la vie à 346 personnes.

Faute de nouveaux avions livrés à temps, Ryanair va devoir réduire sa voilure (et son personnel) d’ici l’été 2020. Une telle annonce aurait fait chuter le cours de Bourse de n’importe quelle compagnie "normale". Au contraire, elle a donné des ailes à Ryanair sur les marchés. M. O’Leary n’en est pas à son coup d’essai : il a longtemps pu négocier certains avantages pour sa compagnie en menaçant de quitter différents aéroports. Souvent avec succès. Dans la communication, le timing est aussi important que la manière. Ici, il est parfait : le secteur aérien européen souffre d’une surcapacité qui fait chuter les prix des billets vers le bas. Pour beaucoup d’investisseurs, cette crise du Boeing Max est ainsi presque une aubaine car elle va forcer Ryanair à ralentir sa croissance folle, que d’aucuns voient comme une bulle qui pourrait exploser en plein vol.

En passant d’une pénurie à un surplus de pilotes, Michael O’Leary reprend aussi le dessus dans le bras de fer qu’il s’est imposé avec son personnel. Et s’il vire des pilotes, ce ne sera pas de sa faute, mais bien celle de Boeing. Les investisseurs savent également que la fidélité de la première compagnie low cost d’Europe à Boeing a un prix. Le patron de Ryanair ne va pas se priver de le rappeler aux dirigeants américains lors de ses prochaines commandes à des tarifs au rabais. Dernier challenge du trublion irlandais : faire monter des millions de passagers dans un avion dont le seul nom, Max, fait trembler les jambes des plus téméraires. Les meilleures équipes de marketing sont probablement déjà sur le coup. Tout est une question de communication, on vous le disait.