Une chronique de Brigitte Hudlot, responsable de l'option et de la chaire "Nouveaux business models durables", directrice Ichec Formation continue, Ichec Brussels Management School.


Les entreprises, et leurs parties prenantes, évoluent dans un contexte soumis à des phénomènes que nous pouvons qualifier d’extrêmes : globalisation, accélération et croissance exponentielle des problématiques environnementales, accroissement des déséquilibres sociaux, accélération des évolutions technologiques, modifications des habitudes de consommation… Ces bouleversements, qui se produisent au niveau macroéconomique, demandent une réponse radicale, un changement de paradigme au niveau microéconomique. Il ne s’agit plus de "faire mieux ou différemment" ce que nous faisions avant; il faut faire "autre chose".

Ces changements de paradigme concernent l’ensemble des acteurs : académiques, associatifs, politiques, citoyens, entreprises,…

Nouveaux modèles

Nous sentons que les réponses se trouvent, en partie, dans l’émergence de nouveaux modèles économiques centrés sur des innovations de rupture (produits, services, organisation, distribution…), des logiques coopératives et la résolution, par le marché, de problématiques sociales et/ou environnementales. Parmi ces modèles, nous pouvons citer l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération.

Dans ceux-ci, la logique collaborative vient renforcer les éléments qui permettent à une innovation d’apporter un changement concret et durable, à savoir : la bonne compréhension du problème à la base, la mise en commun de compétences complémentaires ainsi qu’une adéquation optimale entre la solution proposée et les réels besoins et capacités d’assimilation sur le terrain. Or, nos entreprises, nos institutions, nos écoles,… sont organisées pour fonctionner en silo de compétences, avec des cloisonnements plus ou moins étanches, tant en interne que vis-à-vis des parties prenantes externes. Dès lors, la collaboration ne peut pas se décréter. Il ne s’agit pas d’une dynamique spontanée qui va de soi. Elle se construit avec rigueur et en respectant certains principes.

Mener à bien une entreprise collaborative implique la volonté collective de plusieurs acteurs de participer à un projet qui est coconstruit autour d’un objectif commun; cogéré pendant tout son déroulement; coassumé en termes de risques et responsabilités et, enfin, coévalué en termes de résultats obtenus.

Dynamique coopérative

C’est pourquoi ces nouveaux modèles posent de nombreuses questions à l’ensemble des acteurs impliqués. Quels sont les processus qui favorisent la transformation vers ces nouveaux modèles ? Quels sont les outils de gestion à développer ? Quelles sont les compétences requises (savoirs, savoir-faire, savoir-être) pour permettre l’émergence de ces nouveaux modèles économiques ? Quel cadre légal mettre en place ?

Après avoir analysé plusieurs projets collaboratifs, certaines tendances en termes de facteurs clés de succès émergent. Ceux-ci touchent différents enjeux liés aux motivations profondes des partenaires, aux facteurs humains, aux aspects de gouvernance et organisationnels.

Dans tous les cas, ces nouveaux modèles ont un impact sur les différents métiers de l’entreprise, sur les relations commerciales et partenariales, sur les savoir-être des managers et le leadership.

Parmi toutes les questions encore sans réponse, l’une d’entre elles domine : comment faire émerger les compétences et les savoir-être nécessaires à cette transformation au sein des entreprises mais également tout au long de la scolarité et de la formation continue ?