Alors que l’Union Européenne devrait offrir les moyens aux états membres d’être à l’avant-garde de la gestion de l’épidémie, qui a particulièrement touché le continent, elle semble minée par l’inefficacité, l’indécision et la bureaucratie. Les priorités changent mois après mois. La stratégie repose fortement sur un confinement dont les effets secondaires se font ressentir un peu plus chaque jour. Les décisions des gouvernements européens ne semblent pas à la hauteur.

Les entrepreneurs font constamment face à des situations de crise. Ils innovent. C’est dans leur ADN. Ils s’adaptent agilement à de nouvelles situations, souvent avec des moyens limités. Tels des entrepreneurs, les gouvernants devraient sans cesse chercher des options créatives pour faire face au virus et alléger le poids de la crise. Plusieurs options restent peu explorées ou sont déjà à l’abandon.

Le débat entre les alarmistes, favorables à un maintien des mesures, et les rassuristes, favorables à un déconfinement rapide, n’est pas un jeu à somme nulle, où l’un gagne et l’autre perd. Il existe des solutions qui satisfont aux intérêts des deux parties. Mais elles ne sont pas – ou trop peu – mises en œuvre.

La science de la prise de décision offre des outils qui permettent d’élargir les perspectives. Le test des options qui disparaissent (« vanishing options test ») consiste à imaginer ce qu’on ferait si les options privilégiées jusque-là disparaissaient.

Solutions créatives

Si le confinement n’était plus possible, quelles seraient les options ?

Amplifier la stratégie "tester-tracer-isoler" est une option. Le nombre de tests PCR effectués chaque jour est stable, voire en diminution par rapport au mois d’octobre. Des pans beaucoup plus larges de la population pourraient être testés, pour détecter le virus avant qu’il n’ait le temps de se propager.

Le tracing des cas positifs pourrait être accentué. Les faiblesses de l’application Coronalert – entre autres, l’encodage des résultats des tests PCR – pourraient être résolues. Des équipes pourraient être mobilisées sur le terrain pour assurer un tracing efficace.

Des partenariats pourraient être mis en place avec des secteurs lourdement frappés par la crise. Des hôtels pourraient être proposés aux patients testés positifs. Cela leur permettrait de s’isoler confortablement, tout en évitant de contaminer le reste de la famille. Un financement du gouvernement permettrait de faire tourner ces hôtels qui sont à l’arrêt depuis des mois.

Des hôpitaux provisoires pourraient être installés. Des médecins et des infirmiers pourraient être recrutés à l’étranger, s’ils manquent en Belgique. La première ligne de soin – la médecine générale – pourrait être renforcée. Certains patients pourraient être mieux suivis à domicile avec des systèmes de télémédecine.

La ventilation des bâtiments pourrait être adaptée pour minimiser la transmission aérienne du virus. L’utilisation des maques FFP2, qui filtrent mieux le virus, pourrait être étendue.

Les facteurs de risques pourraient être mieux adressés. Les carences en vitamines connues dans la population la plus à risque pourraient être résolues – même s’il reste des incertitudes quant à leur rôle dans les formes sévères de la maladie.

Des artistes, lourdement affectés par la crise, pourraient être recrutés pour créer des campagnes de communication convaincantes, favorisant le respect des gestes barrières.

On pourrait contre-argumenter que tout cela n’est plus nécessaire. Que la sortie de crise repose essentiellement sur la vaccination. Elle avance pourtant au rythme d’une tortue. Avec 3% de la population vaccinée, la Belgique fait partie des derniers de classe. Vingt fois plus lent qu’en Israël, un pays de taille similaire. Alors même que des millions de vaccins sont produits à 30 kilomètres de Bruxelles. Cette option mérite également un franc coup d’accélérateur.

On pourrait également rétorquer que ces options ont un coût. Le confinement aussi. Outre son coût économique, il a un coût psychologique, social et médical qu’on ne peut plus négliger.

La restriction des libertés ne sera bientôt plus une option. Ses effets secondaires la rendent intenable à moyen terme. Face à ce constat, nos dirigeants doivent agir avec audace, créativité et persévérance. Comme des entrepreneurs.