Si l’on veut envoyer des champions aux Jeux olympiques, il faut se doter au minimum d'infrastructures de découverte du sport. 

– Chronique signée Ben Piquard, directeur de Leansquare.

Dans une précédente chronique, je soulignais l’enthousiasme croissant et positif pour la création d’entreprises et de start-up. C’est une évidence qu’il s’agit d’une formidable opportunité à saisir -la nouvelle génération ose désormais entreprendre et l’on ne peut que s’en réjouir-.

On voit certes ici et là des ouvrages, des chroniques, des billets d’humeurs d’esprits chagrins regretter que tout ceci ne soit peut-être qu’une nouvelle bulle économique et je qualifiais moi-même, avec une pointe d’humeur/our bienveillant/e, cet émergent nouveau paradigme de création d’emplois et de valeurs de Far West.

La question politique n’est donc pas tant de se demander si créer des entreprises dans des secteurs innovants est une bonne chose pour l’économie, mais de s’interroger sur les conditions favorables de réussite de tels projets. Prendre le temps d’un peu de recul, au-delà des opinions respectables de chacun est donc indispensable.

On parle de start-up depuis maintenant quelques années. Je situais vers 2010 la popularisation du concept (et les distingue des entreprises "traditionnelles" par la dimension "terra incognita" plus importante dans une économie devenue globale et où l’information circule quasiment instantanément).

Comment soutenir des écosystèmes vertueux favorables à la réussite de projets de start-up? Pas évident et il suffit d’observer les politiques successives menées dans nos régions pour constater que la matière est émergente et la méthode en construction.


S’il n’existe pas de recettes miracles, il y a tout de même plusieurs ingrédients intéressants à observer.

Bons ingrédients

La notion d’écosystème, déjà évoquée, est sans doute un modèle théorique intéressant d’identification et amélioration des composants essentiels pour soutenir et supporter des projets de start-up.

Un projet de start-up trouve un terreau favorable lorsqu’une série de composants ou conditions sont favorables: il faut des talents (universités, hautes écoles, enseignements technologiques,…), des idées, des clients (living lab, early adopters, Corporate venturing,…), une approche économique (business model), des moyens financiers… une gouvernance.

Définir une politique efficace, c’est agir simultanément sur ces différents piliers. Les start-up échouent rarement sur un seul des facteurs: par manque de coaching, manque de moyens de financement ou manque de talents…

Tous ces facteurs sont importants. Je serai favorable, personnellement, pour donner l’accès à des ressources publiques, notamment de financement, à la mise en place d’un "passeport entrepreneur".

L’idée du passeport serait d’aider les nouveaux entrepreneurs à valider/acquérir quelques notions fondamentales. On se donne ainsi les bases pour envisager sérieusement de lancer son projet, ne fut-ce qu’au niveau de l’équipe, avec un minimum de notions comme le besoin de financement, la trésorerie, quelques modèles de base de business development, un "home work" sur la compréhension de son marché et de ses concurrents, ou encore mettre en place des outils pratiques pour démarrer une approche commerciale de prospects.

Sport d’élite? ou sport pour tous?

Un deuxième ingrédient dans la définition d’une "bonne" politique est de se rendre compte que si l’on veut envoyer des champions aux Jeux olympiques (comprenez avoir de nombreuses belles start-up à succès qui font rêver les générations suivantes -il y en a quelques-unes en Wallonie et à Bruxelles-), il faut aussi organiser des camps ADEPS de découverte du sport (organiser des boostcamps/des week-ends pour entrepreneurs débutants). L’un ne va pas sans l’autre…

Là où l’on peut sans doute aider les politiques actuelles, c’est en étant plus clair sur les cibles et les objectifs. Encourager des demandeurs d’emplois à créer leur propre job ou à suivre des cours de code, je dis bravo. Soutenir activement des entrepreneurs expérimentés, c’est également très important. Il importe juste de doser les politiques avec le bon équilibre de sport pour tous et de sport d’élite et de ne pas confondre les 2 catégories…

C’est un des apprentissages collectifs de ces dernières années : s’il y a beaucoup (trop?) d’outils pour accompagner les projets, il importe surtout de bien comprendre quels outils sont utiles à quels moments du cycle de vie des start-up.

Un passeport de base (en ligne?) pour les débutants, des ateliers collectifs au stade de l’idéation, puis du coaching de plus en plus individualisé au fur et à mesure que les projets grandissent et prennent leurs envols.

De l’accès à de vrais experts, à des ressources à l’internationalisation, aux meilleurs pratiques, à des living lab, des spécialisations et des clients pour les champions.

Une véritable politique de soutien aux start-up se doit aussi d’être collaborative et collective, un peu à l’image des meilleures gouvernances participatives ou des collectifs open sources. Un véritable challenge car aucune politique jusqu’ici n’a pu aller jusque-là, mais c’est une des conditions à la maturation vers l‘excellence de notre écosystème start-up car on n’accompagne pas un entrepreneur… au mieux, on lui crée des conditions favorables.

À suivre…