Une étude commandée par la Région wallonne vient de le confirmer : pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du chauffage, les solutions qui recourent à un réseau de chaleur pour distribuer une chaleur produite de façon centralisée sont souvent plus performantes que les solutions décentralisées et fossiles.

Le chauffage des bâtiments représente environ 40 % de notre consommation finale d’énergie. La rénovation du bâti existant, pour en améliorer la performance énergétique, et l’intégration de systèmes de chauffage renouvelables dans les bâtiments neufs ou à rénover sont donc un enjeu majeur de la transition énergétique. Les résultats déjà engrangés dans plusieurs pays et régions d’Europe, et les études consacrées au cas de la Belgique montrent que les réseaux de chaleur, combinés aux diverses sources de chaleur vertes disponibles sur notre territoire (chaleur résiduelle de processus industriels, biomasse, géothermie, pompes à chaleur, etc.), permettraient de couvrir jusqu’à 40 % de nos besoins en chauffage.

Partage des coûts de production

Le principal atout de ces réseaux, qui est de permettre le partage des coûts de production et de distribution de la chaleur entre plusieurs utilisateurs, n’est pas seulement valable dans les villes ou dans les nouveaux lotissements, comme on le croit souvent. La pertinence d’une telle mutualisation des coûts est avant tout fonction de l’importance des besoins en chaleur à satisfaire, par rapport à la longueur du réseau requis pour le faire au départ d’une ou plusieurs sources de chaleur partagées. Tout noyau d’habitat, aussi petit soit-il, est donc susceptible d’en bénéficier. 

Or, de nombreux villages et hameaux de Wallonie ne sont pas raccordés au réseau de gaz et ne devraient sans doute jamais l’être si nous voulons respecter l’Accord de Paris sur le climat. Nos ressources avérées et potentielles en biométhane et en gaz de synthèse sont en effet limitées et devraient, par conséquent, servir en priorité à alimenter les zones déjà desservies par ledit réseau de gaz plutôt que d’éventuelles extensions de celui-ci.

Fédérer pour utiliser au mieux

Les communes et collectivités locales ont un rôle de première importance à jouer dans ce cadre, que ce soit via la mise en œuvre de projets de décarbonation concrets, centrés sur leurs propres bâtiments (écoles, bibliothèques publiques, salles de fêtes, etc.), ou par la facilitation et la coordination des travaux en voirie requis par d’autres porteurs de projets. Car rien n’empêche des PME, des associations ou même des particuliers de constituer une "communauté d’énergie renouvelable" (CER) en vue du partage et du couplage d’une ou plusieurs sources de chaleur verte et/ou d’électricité renouvelable. Il existe en effet de multiples manières d’optimiser conjointement, au fil des saisons, production et consommation locale de chaleur et d’électricité, en vue d’une autonomie énergétique maximale.

Fédérer ainsi les utilisateurs de chaleur et d’électricité d’un même village ou quartier, c’est leur permettre d’utiliser au mieux, en fonction des conditions climatiques, de l’énergie solaire voire éolienne, une pompe à chaleur (de préférence réversible), une chaudière ou cogénération biomasse, du stockage thermique ou électrique, et même des bornes de rechargement pour véhicules électriques, le tout sans devoir investir individuellement dans chacun de ces équipements.

L’"arsenal" wallon

Conscient de l’intérêt de ces développements et de la nécessité de s’affranchir dès que possible des combustibles de chauffage fossiles, le gouvernement wallon vient de s’accorder sur une nouvelle stratégie "Chaleur" qui semble faire la part belle aux réseaux de chaleur et de froid. Et son ministre de l’Énergie planche, par ailleurs, sur une refonte des aides à l’investissement dans ce domaine et sur la finalisation d’un cadre juridique spécifique clarifiant les responsabilités des diverses parties impliquées et le potentiel rôle catalyseur des communautés d’énergie renouvelable, aussi bien en matière de chaleur que d’électricité. 

Toutes ces initiatives viendront bientôt compléter un "arsenal" wallon qui comprend déjà une "Stratégie de rénovation à long terme" récemment actualisée, la promesse de rénovations par quartiers et des investissements massifs dans la rénovation des bâtiments publics et des logements sociaux.

Le gouvernement wallon a plus que jamais toutes les cartes en main pour faciliter la décarbonation du secteur de la chaleur. Il ne lui reste qu’à aligner tous les leviers dont il dispose pour concrétiser au plus vite cette ambition, en tenant compte des soutiens publics mobilisables aussi bien pour le chauffage de bâtiments isolés (pompes à chaleur, chaudières biomasse…), que pour le déploiement de réseaux et de sources de chaleur verte de toutes tailles. Pour que cette ambition guide aussi les futurs investissements des entreprises et des ménages wallons dans ce domaine, le moment est cependant également venu de fixer des échéances claires et incitatives en matière de remplacement progressif des systèmes de chauffage recourant aux combustibles fossiles.