Une chronique signée Patrick Vogel, Head of Credit Europe chez Schroders.

Les opportunités de revenus qui se présentent sur les marchés mondiaux des obligations d’entreprises ont considérablement augmenté ces dernières semaines. Les spreads sont historiquement élevés et offrent des rendements avec lesquels ne peuvent rivaliser ni les marchés des actions ni ceux des obligations souveraines. Dans le passé, ces niveaux étaient annonciateurs de rendements attractifs mais aujourd'hui les investisseurs ne disposeront sans doute que d’un laps de temps assez court pour profiter de ces bouleversements du marché.

La recherche de rendement s’oriente vers les obligations d’entreprises

La recherche de revenus est un défi pour les investisseurs. Les rendements des obligations souveraines vont sans doute rester à un niveau bas pendant longtemps, compte tenu de l’ampleur des mesures de stimulation mises en place. Les paiements de dividendes sont supprimés. Les rendements des actions et des obligations souveraines sont à la traîne, loin derrière ceux des obligations d’entreprises. Il n’est donc pas surprenant que l’attention des investisseurs se porte davantage sur les obligations d’entreprises.

Schroders distingue des opportunités sur les marchés des obligations d’entreprises, notamment en raison de leur spread historiquement élevé. Cet écart souligne l’attrait du rendement des obligations d’entreprises par rapport aux autres marchés. Le spread plus élevé reflète le rendement plus élevé par rapport aux obligations souveraines comparables. Un spread plus élevé implique une meilleure valorisation.

Le spread s’est fortement accru au cours de ces six dernières semaines. Cela indique que les marchés tiennent compte d’une grave récession. Mais ces niveaux sont intenables à long terme. À court terme, Schroders s’attend à une accentuation du stress et à une persistance de ces écarts pendant maximum deux mois avant de revenir à des niveaux normaux. Cela peut aller vite, souvent à la suite d’un basculement du sentiment. Outre le potentiel en termes de revenus, il y a aussi la possibilité d’une hausse des cours. Les prix des obligations augmentent en effet lorsque le rendement obligataire et les écarts de taux diminuent.

Sur la base du spread actuel sur les obligations de type « investment grade » (IG) en dollars américains, qui sont considérées comme moins risquées et de meilleure qualité, c’est-à-dire 200 points de base (pb), le surrendement sur les obligations souveraines s’élève à environ 9 % par an en moyenne sur trois ans. Pour les obligations à haut rendement (HY) en dollars américains, l’écart actuel est de 700-800 points de base et le surrendement s’élève à 18 % sur trois ans et à 30 % sur cinq ans.

Le risque de défaut reste limité

Malgré ces rendements intéressants, le risque de défaut de paiement se profile également. C’est un risque réel. Mais Schroders a la conviction que le marché exagère ce risque.

Le taux de défaut historique moyen sur cinq ans pour les IG mondiales est de 0,9 %. Sur la base du niveau actuel des spreads, les IG américaines ont actuellement un taux de défaut implicite de 8,7 %. Pour le marché HY, le taux de défaut historique moyen est de 14,6 %, contre un taux de défaut implicite actuel de 37 %.

Les gagnants de la crise du Covid-19

Selon les prévisions, la pandémie va coûter 3 % de croissance du PIB mondial. Mais cette crise apportera aussi des gagnants. Schroders pense à certains détaillants et prestataires de services dans le domaine des télécommunications. Le chiffre d’affaires des entreprises d’utilité publique restera stable. D’autres secteurs ont été particulièrement touchés, notamment les secteurs des loisirs, des voyages, de l’aviation et des transports. Lorsqu’ils seront à court de liquidités, ces secteurs iront frapper à la porte des banques centrales, des gouvernements et des marchés financiers. Plusieurs entreprises de grande qualité ont déjà émis des obligations assorties de rendements intéressants. Schroders s’attend cependant à ce que ces opportunités attractives sur les marchés obligataires mondiaux ne durent que quelques semaines.