Puiser dans la réalité de l’entreprise pour alimenter le chercheur en thèmes de recherche ? Une question de bon sens !

– Chronique signée Nicolas Neysen, Digital Transformation Lead et professeur de stratégie digitale à HEC Liège – École de gestion de l’Université de Liège

À la fin de l’année dernière, le Parlement européen a voté une résolution sur l’éducation à l’ère numérique qui souligne "l’adaptation nécessaire des établissements d’enseignement aux nouvelles technologies et aux approches pédagogiques innovantes" (1). Le texte précise, à juste titre, que ces dernières ne doivent pas être considérées comme une fin en soi mais bien comme un moyen d’améliorer la qualité de l’enseignement. À l’évidence, nos Hautes écoles et universités n’ont pas attendu les recommandations de l’Europe pour initier cette mutation. Il demeure toutefois utile d’enfoncer le clou, tant le message à véhiculer revêt un caractère essentiel pour l’avenir de nos jeunes générations.

Pistes

Par ailleurs, on notera que la prise en compte du numérique ne se limite pas au champ éducatif. De par leurs efforts de recherche et de formation continue, les écoles de gestion, par exemple, aident les entreprises à relever le défi de la transformation digitale. Dans un récent article, deux confrères suggèrent quatre pistes pour y parvenir (2) : faire évoluer les méthodes d’apprentissage en développant des innovations pédagogiques ; adapter les programmes de cours pour mieux intégrer la dimension numérique ; organiser des événements en favorisant l’échange d’idées avec le monde professionnel ; et enfin, opérer un rapprochement avec les entreprises afin de mieux cerner leurs problématiques et identifier des thématiques de recherche communes.

À Hec Liège, ces recommandations ont été suivies à la lettre avec plusieurs initiatives concrètes à la clé. La plus emblématique fait écho à la dernière des quatre propositions. Grâce au soutien d’entreprises privées et de la Région wallonne, le Hec Digital Lab a été inauguré voici près d’un an maintenant. Il s’agit là d’un centre d’excellence qui promeut la recherche en matière numérique avec un principe fondamental : la thématique étudiée doit nécessairement émerger du terrain. En d’autres mots, la recherche vient s’ancrer dans la réalité de l’entreprise partenaire qui, outre l’attribution d’une bourse, accepte de partager des données et de dégager du temps de ses collaborateurs pour accompagner le ou la chercheur (se).

Terrain de recherche

Cette formule offre plusieurs avantages. Premièrement, cela procure au chercheur un terrain empirique favorable pour entamer son doctorat. On sait, en effet, qu’en matière de recherche scientifique, l’accès aux données demeure un réel obstacle qu’il n’est pas toujours évident de surmonter. Ensuite, un tel partenariat augmente considérablement les chances de voir les résultats de la recherche directement intégrés à la démarche stratégique ou opérationnelle de l’entreprise, ce qui est extrêmement valorisant pour le chercheur. Enfin, lorsque l’on sait les difficultés à trouver un emploi après le doctorat - un tiers des diplômés vit une précarité professionnelle importante (3) -, avoir investigué un sujet cher à l’entreprise partenaire durant quatre années offre inévitablement des perspectives. Au bout du chemin, le jeune docteur peut ainsi espérer se voir proposer un contrat, de la même manière qu’il n’est pas rare qu’un étudiant ayant réalisé son stage de fin d’études au sein d’une entreprise, soit embauché par celle-ci une fois son diplôme en poche. Rappelons que l’université ne peut absorber que 40 % des docteurs.

Pour l’heure, cinq chercheurs ont ainsi entamé une thèse de doctorat à Hec Liège avec le soutien des entreprises partenaires (4). Gageons que ce ne soient là que les premiers d’une longue série.

(1) Rapport daté du 26 novembre 2018 au sujet de la proposition de résolution du Parlement européen sur l’éducation à l’ère numérique : défis, possibilités et enseignements à tirer pour la définition des politiques de l’Union

(2) Le rôle des écoles de commerce dans la transformation numérique. Riadh Manita et Najoua Elommal. The Conversation, 25 octobre 2018

(3) Lire à ce sujet l’article de Monique Baus intitulé "Après le doctorat, la recherche d’emploi reste une épreuve difficile", La Libre Belgique, publié le 13 septembre 2019

(4) Plus d’informations relatives à ces projets de recherche sont accessibles sur le site www.digitallab.be