La meilleure situation économique dans l’histoire des Etats-Unis”. C'est ce qu'a déclaré Donald Trump ce 1er novembre. Voici quatre raisons pour lesquelles il a tout faux.

Il est vrai que le taux de chômage, à 3,5%, a atteint son niveau le plus bas depuis 1969 et que la vente au détail était à la hausse en août et juillet derniers. Il faut aussi souligner que les marchés américains ont avancé depuis que Trump est président (le S&P 500 par exemple, a connu une croissance de 23% en un an et demi). De plus, certains restent confiants que les problèmes engendrés par la guerre commerciale entre Trump et Xi Jinping ont jusqu’à présent épargné le secteur tertiaire. Cependant, certaines statistiques mentionnées ci-dessous indiquent que la crise ressentie dans le secteur secondaire se propage doucement dans le secteur des services et que la légère baisse de la croissance pourrait être renforcée dans les mois à venir.

– Chronique signée Celine Boulenger, macroéconomiste chez Degroof Petercam

Premièrement, des indices de la santé du secteur des services ont baissé ces derniers mois, certains sont même à leur niveau le plus bas en trois ans. L’indice de la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan demeure proche de son minimum des trois dernières années, et le nombre de consommateurs qui sont inquiets par rapport à l’état de l’économie ne fait que croître. En effet, les consommateurs s’attendent à ce que les revenus, les entreprises, et le marché de l’emploi soient fortement impactés par la guerre commerciale dans les mois à venir. De plus, la santé financière des ménages est en péril car ils ont amassé de plus en plus de dette, et ont aujourd’hui du mal à rembourser leurs cartes de crédit et leurs prêts étudiants. Les retards de payements, et les « non-payements » sont à la hausse depuis quelques mois (presque 10% des prêts étudiants sont remboursés avec plus de 3 mois de retard).

Deuxièmement, au niveau du marché de l’emploi, même si le chômage est extrêmement bas, le nombre de nouveaux emplois créés chaque mois est entrain de faiblir, et les salaires, ainsi que le nombre d’heures de travail, stagnent. De plus, beaucoup d’américains ont encore aujourd’hui des emplois à mi-temps alors qu’ils désirent travailler à plein temps, et les retraites anticipées tout comme les demandes d’arrêts pour maladies sont beaucoup plus fréquentes. Enfin, le marché de l’emploi aux Etats-Unis varie énormément d’un état à l’autre et d’une ville à l’autre ; ces derniers mois, ce sont les grandes métropoles qui performent le mieux, alors que le reste du pays n’arrive pas à suivre la cadence.

Troisièmement, la confiance des PME américaines est également sur une mauvaise pente. La volatilité causée par la dispute entre la Chine et les Etats-Unis pèse fortement sur le sentiment des entreprises. Celles qui s’attendent à être impactées négativement par la guerre commerciale sont aujourd’hui deux fois plus nombreuses que celles qui s’attendent à des effets positifs. La confiance des exécutifs en a également pris un coup. Elle a replongé vers un niveau similaire à celui de 2009, quand l’économie était encore en pleine récession. Les dépenses des CEOs américains ont chuté en 2019 ; les rachats d’action, par exemple, ont baissé de plus de 15% en un an. L’incertitude autour de la guerre commerciale inquiète fortement les exécutifs et les rend beaucoup plus prudents.

Enfin, certains des états qui ont aidé Trump à la victoire en 2016 sont aujourd’hui ceux qui payent les pots cassés de ses choix politiques. En Pennsylvanie et au Wisconsin, plus de 13,000 jobs ont été perdus dans le secteur de l’industrie. Le Michigan souffre également de ce malaise industriel. La "renaissance de l’industrie" que Trump avait promis à ses électeurs il y a trois ans n’était que du vent. Le support électoral de ses trois états fut crucial pour le président américain en 2016, et il le sera sûrement à nouveau en 2020, mais vu les statistiques très décevantes, il sera compliqué pour Trump de compter sur leurs votes. Si Trump espère un second mandat, au lieu de twitter dix fois par jour, il ferait mieux de mettre en place des mesures pour modérer l’impact des incertitudes géopolitiques sur l’économie américaine. Surtout que même si son "mini-deal" avec Xi Jinping est signé dans les semaines à venir, l’impact économique de celui-ci sera très limité et les dangers auxquels l’économie américaine doit faire face seront toujours présents. Il faut donc rester très sceptique face aux propos de Donald Trump, et lui-même doit être plus vigilent, car après avoir semé le vent depuis des mois avec cette guerre commerciale, il risque de bientôt récolter la tempête.