Décideurs & chroniqueurs

Les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine pénalisent le géant asiatique. De fait, la croissance de l'Empire du Milieu s'est établie à 6,2 % au deuxième trimestre, contre 6,4% au premier trimestre. 

Il s'agit de son rythme le plus faible jamais enregistré depuis le début de la série statistique en 1992 dans le pays. Même si la production industrielle et les ventes au détail ont dépassé les attentes, certains économistes doutent que ces bonnes performances tiennent sur la durée. Doit-on pour autant en conclure que ce ralentissement économique est dû à cette guerre économique, et que la messe est dite ?

La question a été posée à Sébastien Boussois, docteur en Sciences Politiques, chercheur associé à l'ULB, au CECID et à l'UQAM.

Il répondra plus amplement à la question en faisant le point sur la politique menée par Donald Trump sur le plan politique, économique et diplomatique à 11h45 pour l'Invité du Samedi de La Libre.be

Donald trump alimente chaque jour l’actualité. Ses tweets se transforment littéralement en feuilletons. Mais le locataire de la Maison-Blanche pèse-t-il autant qu’on peut l’imaginer sur l’échiquier politique et la balance économique mondiale ou est-ce que Washington ne fait plus la pluie et le beau temps, comme ce fut le cas auparavant ?

Je crois fondamentalement, et c'est valable pour un certain nombre de pays, que ce qui est important, c'est l'effet d'annonce, la pression que peut avoir un discours ou même un tweet. Cette règle de l'effet d'annonce a aussi son importance en matière économique. Simplement parce qu'un des éléments fondateurs qui pèse en économie, c'est la confiance entre les parties. Et c'est sur ce terrain que Donald Trump arrive à jouer, sans gêne. Et à s'en sortir.

Les Etats-Unis, qui sont va-t-en-guerre en permanence et qui ont passé plus d'années de leur histoire en guerre plutôt qu'en paix, est le pays à qui on continue à confier, malgré tout, le pouvoir de décider du sort du monde, au-delà de son rang de première puissance économique mondiale. Au niveau militaire mais pas seulement. Certains disent de Donald Trump qu'il est "débile". Personnellement, je ne pense pas que "débile" soit l'adjectif le plus adéquat. Il ose, à coup de mensonges, à coup de fake news, il ose et change la donne ! Et il l'a fait à propos de la Chine, ce qui l'aide dans ce que vous appelez cette "guerre économique".

Tout d'abord en justifiant le ralentissement de son économie à lui, en accusant les Chinois. Vrai ou pas, il ne s'en soucie pas en fait, c'est l'effet d'annonce qui importe et les parties qui le suivent. Le business, où il a démarré, démarre souvent par du bluff. Comme la télé réalité d'ailleurs. Et en cela, il est excellent.

Et donc, cela a de l’influence ?

S'il arrive à jouer sur la confiance de son ennemi, ici, Pékin, s'il arrive à déstabiliser un pays, s'il le veut à tout prix, ça touchera en effet son économie. Si on prend le cas de l'Iran, c'est beaucoup plus parlant. Le groupe français Total avait un contrat en or à Téhéran, le plus gros de son histoire, une véritable pépite. Mais à peine Donald Trump a-t-il commencé à frétiller de la mèche en annonçant vouloir se retirer de l'accord de Vienne de 2015 que Total s'est retiré ! La pression, le chantage de Washington a donc poussé le groupe à renoncer à cet investissement qui aurait pu rapporter gros. D'autres partenaires européens ont eu tout aussi peur. Avec la diplomatie du dollar, le Vieux continent ne pèse guère.

Il est vrai que pour la Chine, c'est un peu plus complexe, c'est, disons, un "plus gros morceau", surtout économiquement justement. Entre Washington et Pékin, qui gagne, qui perd ? Sincèrement, à l'heure actuelle, c'est très difficile à dire. Mais ce sont les deux géants mondiaux qui s’affrontent autour d’une vision radicalement différente du monde, et peut être un glissement de leadership global à un moment ou à un autre. Et lorsque l’on a peur de perdre la main, qu’on est dans le déclin, on s’agite. Ce que fait Washington.

On l'a dit, l'économie, c'est la concurrence, c'est l'image, certes. Mais même si les propos de Trump peuvent donner la bougeotte aux bourses chinoises, je ne suis pas sûr que Pékin va s'arrêter à ces discours. La Chine, c’est 1 milliard et demi d’individus et un marché à terme gigantesque !

Et qu'est-ce que tout cela signifie ?

Qu'à partir du moment où Trump publie un tweet, qu'il parvient à semer le doute et toucher une économie, même sensiblement, c'est qu'il a quand même un pouvoir incroyable et unique au monde. Installé dans son canapé couleur léopard depuis son appartement clinquant et tape-à-l’œil, certains diraient de mauvais goût, il arrive à dicter la confiance juste en balançant un tweet et en influant la politique mondiale. Et j'ai l'impression que ça marche. Et d'ailleurs l'économie, de par les mesures protectionnistes qui peuvent d'ailleurs paraître irréalistes pour un pays comme les Etats-Unis, n'est pas en grande souffrance. Au contraire, les Américains sont ravis. Car Donald Trump le sait : si son économie va mal, il sera difficile d'être réélu. Il arrive donc à faire des coups de génie de cet ordre-là, là où on ne l'attendait pas. Non seulement, il fait de l’Amérique ce que les Américains appellent un grand pays, mais en plus, il saborde le monde rendant l’Amérique encore plus belle et géniale.