Lettre ouverte de Jonathan Schockaert, co-fondateur et CEO de ListMinut, à l'Unizo

Le 23 avril, la Cour constitutionnelle a annulé la loi qui encadre les prestations réalisées dans le cadre de l’économie collaborative. Cette loi permettait à tout citoyen Belge d’arrondir légalement ses fins de mois en étant exonéré d’impôts, jusqu’à la limite de 6.340 euros par an. Etant donné la situation actuelle, où la Belgique et ses citoyens ont plus que jamais besoin d’entraide et de solidarité, il faut admettre que le timing est plutôt mal venu.

Mais ça, les différents groupes d’intérêts, Unizo (Union flamande des entrepreneurs indépendants) en tête, n’y sont pour rien. Ils ont attaqué cette loi il y a plus d’un an déjà. Et la Cour constitutionnelle vient de rendre son verdict allant dans leur sens, jugeant la loi sur les activités complémentaires non égalitaire et discriminatoire.

Etant chaque jour en contact avec nos utilisateurs, étant aux premières loges pour savoir comment cela se passe sur le terrain, nous voulons travailler sur des solutions meilleures pour l’avenir et exprimer pourquoi nous ne partageons pas leur avis.

Une alternative au travail au noir

Nous, c’est ListMinut, première plateforme d’économie collaborative agréée en Belgique. Nous, c’est aussi et surtout une communauté de 15.000 prestataires et de 200.000 demandeurs, une équipe de 18 jeunes qui se battent au quotidien pour une solution qui permet à toutes ces personnes d’arrondir leurs fins de mois de façon légale et assurée. Cela fait des années que nous menons un combat quotidien contre le travail au noir, un combat quotidien pour renforcer les liens sociaux entre citoyens, un combat quotidien pour permettre à des particuliers de s’essayer à une profession avant de se lancer comme indépendant. Alors oui, nous sommes déçus de cette décision qui va à l’encontre de ce pourquoi nous nous battons.

Tous dans le même sac

Nous déplorons le fait que les groupes d’intérêts ne voient pas les opportunités de ce système, et à fortiori les conséquences négatives de son abolition.

Chez nous, Alison et Lien sont en contact quotidien avec notre communauté de prestataires. Lien sait donc de quoi elle parle : "Savez-vous vraiment qui sont les victimes de cette décision ? Ce sont des retraités qui ont exercé leur métier pendant de nombreuses années et veulent donner un coup de pouce à leurs voisins. Ce sont des employés qui, de temps en temps, vont jardiner ou donner des cours particuliers dansleur quartier. Ilsle font car ilssavent le faire, mais surtout parce qu’ils aiment se rendre utiles tout en gagnant un peu d’argent".

Vincent, prestataire ListMinut et militaire de profession, prendra sa retraite l’an prochain et est lui aussi deçu: “Dans ma situation, impossible de tenir sans avoir de revenu complémentaire. Listminut était LA solution idéale pour moi. J’exerçais une activité légale et étais assuré. Les indépendants ne se déplacent pas pour de petits jobs qui, s’ils ne sont pas intéressants pour eux, sont idéaux pour l’économie collaborative. Supprimer cette loi c’est rouvrir une brèche énorme pour le travail au noir. C’est l’inverse du but initial de cette loi.”

Mais notre plateforme n’exclut pas les indépendants (ces derniers génèrent plus de 20% de notre volume d’activité). Au contraire, elle permet de créer des vocations chez certains. Kalil en fait partie. “Je n’aimais pas travailler comme employé, mais je ne le sentais pas de directement passer le cap. Faire des petites prestations par le biais de ListMinut était donc l’idéal. J’ai atteint le plafond au bout de 4 mois seulement. C’est alors que j’ai réalisé que j’étais prêt à devenir indépendant. Aujourd’hui, je continue à travailler en tant qu’indépendant par le biais de ListMinut.”

Et maintenant ? Faire l’autruche ? Nous comprenons que les différents groupes d’intérêts cherchent à faire entendre leur voix pour un système plus égalitaire. Cependant, nous pensons qu’ils ne mènent pas la bonne bataille… Le résultat de l’abolition de la loi sera, entre autres, l’augmentation du travail au noir.

Que les choses soient claires, nous voulons un système équitable, où les gens contribuent à la société. Nous voulons des règles, mais nous voulons qu’elles soient proportionnelles. Une personne faisant du babysitting tous les 15 jours doit-il passer indépendant, payer les cotisations sociales et les taxes qui vont avec ? Évitons le protectionnisme à tout prix. Le monde évolue et on est tous amenés à évoluer ou à disparaître. Et ça, les indépendants actifs sur notre plateforme l’ont bien compris.

A l’heure actuelle, plus de 1.600 prestataires proposent leurs services de manière bénévole via notre plateforme pour rendre service gratuitement aux personnes âgées ou isolées, ou pour garder les enfants du personnel médical pendant qu’ils sont occupés à sauver des vies. Des centaines d’autres bénévoles ont passé des heures à coudre des masques, distribués ensuite aux maisons de repos, médecins généralistes, services sociaux, etc. C’est ça aussi, l’économie collaborative. Et c’est donc ça aussi qu’Unizo attaque en voulant protéger ses intérêts à tout prix.

Bien entendu, nous ne vivons pas dans un monde de bisounours. Il y a le mot “économie” dans “économie collaborative”. Mais le réduire uniquement à l’aspect transactionnel serait faire abstraction de la promesse de cette relation humaine qui la caractérise fondamentalement.

Comptez sur nous !

Nous pensons que ce système apportait beaucoup de valeur à la société, de par les indépendants qu’il créait, les relations humaines qu’il encourageait… Mais une chose est sure : la fin de la loi ne signifie pas la fin de l’économie collaborative, pas plus que celle de notre plateforme. Alors, chers représentants des différents groupes d’intérêts, rendons-nous compte de la réalité du terrain, et essayons d’être unis pour mettre en place une solution d’avenir.

Nous gardons toujours la même ambition : révolutionner la manière dont les gens travaillent ensemble. Vouloir faire changer les choses provoque des réticences et prend du temps, mais cela n’ébranle pas notre motivation. Nous allons continuer à travailler main dans la main avec nos utilisateurs. Qu’il s’agisse de particuliers ou d’indépendants, de pensionnés ou d’étudiants, d’hommes ou de femmes, de petits ou de grands, nous les aimons tous tout autant. On vous dit à très bientôt, sur ListMinut !