Un édito de François Mathieu

Osons ce constat : notre fiscalité est anachronique, inadaptée aux réalités de notre société, complexe, parfois discriminatoire et obsolète. Et si notre fiscalité est aujourd’hui un vrai repoussoir pour les entreprises comme pour les particuliers, ce n’est pas la faute de l’administration fiscale qui, avec des moyens en recul d’une année à l’autre, tente de se moderniser, tout en colmatant les brèches ouvertes par le monde politique. C’est que les réformes se succèdent, s’accumulent, se contredisent… Certaines s’imposent, d’autres indisposent, mais jamais elles n’osent. C’est là le principal problème de notre fiscalité : nos décideurs continuent de tirer le fil de la pelote de laine - souvent pour boucher des trous à la sortie d’un conclave budgétaire - mais plus personne n’en voit l’origine. L’enchevêtrement des lois est tel que seuls des spécialistes comprennent encore les arcanes de notre fiscalité, ce qui reflète non seulement un manque total de pédagogie mais dénote aussi une absence totale de vision d’avenir. Des lois à la petite semaine, en somme… Pourtant, aujourd’hui, des évidences s’imposent.

Une refonte de notre fiscalité du travail, par trop coercitive, est l’une d’elles. Comme celle de revoir les fiscalités mobilière - tous les placements ont des régimes différents, en caricaturant à peine -, et immobilière (pourquoi diable ne pas envisager une déclaration des loyers réels, quitte à prévoir des incitants par ailleurs ?). En matière immobilière, notre système est quoi qu’il en soit source de discriminations manifestes.

Reste le "problème" de la fiscalité environnementale. Considérée comme "punitive" dans l’inconscient collectif - regardez les dégâts que la campagne des libéraux a provoqués dans l’électorat sensible à Ecolo -, elle s’applique de manière bien plus importance dans les pays scandinaves, sans que personne ne soit plus taxé. Au contraire, les entreprises et les particuliers sont moins taxés et ont saisi des opportunités économiques que l’environnement pouvait aussi offrir.

Bref, pourquoi ne pas prendre le temps de la législature pour mettre sur pied un groupe de travail digne de ce nom - au sein du Conseil supérieur des Finances ? - qui planche sur les grands objectifs à assigner, pour les mettre en œuvre la législature suivante ? Ce qui démontrerait au moins qu’on peut mener une réforme qui puisse passer la rampe d’un seul gouvernement… Ce serait un grand pas en avant. Chiche ?


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