Récemment, la Belgique a dû reconnaître sa difficulté à atteindre l'objectif de 13% d'énergies renouvelables fixé à l’horizon 2020. De même, la Commission a critiqué la Belgique pour son manque d’ambition sur le renouvelable.

Chronique signée Michel Helbig de Balzac, fondateur du contortium Nothwester 2, revendu depuis

Il existe pourtant un secteur fédéral, et non régional, qui contribue significativement à remplir l'objectif de 13% d'énergies renouvelables d'ici à 2020: l’éolien offshore. Les 8 concessions octroyées dans la zone belge de la Mer du Nord seront construites pour fin 2020 pour atteindre 2.200 MW installés, soit 10 % de la consommation électrique totale belge, mais 40% de la consommation des ménages.

Cette réalisation s’inscrit d’ailleurs dans l’important potentiel offshore européen localisé notamment en Mer du Nord et initié par les acteurs pionniers néerlandais, allemands, anglais, danois et belges. De plus, influencées par le succès de ces pionniers, les autres parties du monde (Europe, Asie et Etats Unis) bénéficiant d’un littoral en eaux peu profondes sont montées dans le train en marche. Pour l’Europe, l’AIE estime le potentiel à 130.000 MW à installer d’ici 2040.

Une avance significative

La Belgique avait pris une avance significative sur ses voisins européens. En effet, après les atermoiements en 2003 et l’introduction d’un recours au Conseil d’Etat d’une citoyenne knockoise effarouchée par la trop grande proximité du parc envisagé à l’époque par Electrabel des côtes, le législateur fédéral définit par Arrêté Royal du 17 mai 2004, une zone de 240 km² dédiée à l’éolien offshore et principalement localisée sur la zone d’intérêt économique conférée à la Belgique par convention internationale.

Cela veut dire que 7 des 8 concessions sont ou seront installées au-delà des eaux territoriales, soit à une distance supérieure à 22 km, (le parc à Dunkerque sera à 10 km) peu perturbante pour la vue des promeneurs de la digue. C’est également un AR en 2000, qui définit le processus précis d’obtention des concessions, qui a sécurisé et favorisé la construction de ces 8 projets offshore belges.

Grâce à la mise en place de ce cadre précis, c’est tout un écosystème qui s’est développé, générant ainsi un savoir faire susceptible d’être exporté dans d’autres zones et pays. Aujourd’hui, des contractants EPCI comme Jan De Nul et Deme, éternels rivaux, sont devenus des opérateurs incontournables dans de nombreux projets en Europe et en Asie, comme à Taiwan où les deux acteurs sont présents, ou large de Saint-Nazaire, où Deme doit poser les fondations du premier parc offshore français d’ici 2022.

Les développeurs belges de projets se sont montrés très actifs, participant à de nombreux appels d’offres. Sur les 9 candidats retenus en 2018 pour l’appel d’offres de Dunkerque, 4 consortiums comprenaient (Elicio avec Total) ou reposaient sur des acteurs belges.

L’appel d’offres de Borsele en juillet 2016 : un tournant pour le secteur

En 2016, l’Etat Néerlandais organisa un appel d’offres portant sur une 1ère tranche de 700 MW à installer dans la zone de Borsele (I et II), jouxtant celle définie pour la zone offshore belge. A la surprise générale, le gagnant, la société Orsted (anciennement Dong Energy), leader mondial, remporta la mise en échange d’un prix de soutien de seulement 72,7 € par MWh produit, bien plus bas (entre 30 et 50% ) que les prix de soutien jamais négociés.

Ce projet, à construire pour 2023, bénéficia d’un travail préparatoire important du gouvernement néerlandais en termes d’obtention de permis et du raccordement au réseau, expliquant une partie la diminution du prix. Ce dernier est proche du grid parity, c’est-à-dire du niveau auquel il ne serait plus nécessaire d’octroyer des subsides, la seule vente de l’électricité suffisant. Mais cette diminution drastique des prix est surtout la résultante de l’innovation technologique, d’économies d’échelle, de baisses des coûts de financement due aux taux bas, de la concurrence et de la diminution du risque de construction.

Portés par cette dynamique, dans les mois et années qui ont suivi, d’autres appels d’offres furent gagnés avec des prix inférieurs et souvent sans subsides, notamment par Shell et Eneco pour Borssele III et IV, Vattenfall en Allemagne, Orsted au Danemark ou encore EDF à Dunkerque, en juin 2019. Tous tournaient autour des 50 € par MWh produit.

Une bonne nouvelle pour le consommateur

Bien sûr, le résultat de ces appels d’offres est une bonne nouvelle pour les consommateurs qui finissent toujours par payer la facture. L‘éolien offshore devient une technologie très compétitive qui soutiendra le marché des énergies renouvelables afin de tendre vers les objectifs ambitieux de l’accord de Paris signé lors de la COP21, le 12 décembre 2015, et entré en vigueur le 4 novembre 2016.

Aujourd’hui nos développeurs belges doivent capitaliser sur leurs succès de pionniers pour répondre aux challenges qui se dressent devant eux et devront se poser la question de savoir comment réussir leur expansion Internationale. Parkwind, de la famille Colruyt, a fait un premier pas en gagnant récemment un appel d’offres en mer Baltique allemande, le projet Arcadis.

Ces acteurs doivent se mouvoir dans un environnement devenu extrêmement compétitif notamment avec l’arrivée des acteurs oil & gas et la nécessité d’investir dans des projets devenus gigantesques et nécessitant des capitaux énormes. Total, la troisième capitalisation boursière du CAC 40, capable de mobiliser des moyens colossaux, a récemment affirmé ses ambitions en énergies renouvelables et sera certainement un concurrent de taille. Mais probablement à la recherche de l’expertise développée par les pionniers belges depuis 10 ans.

Des alliances stratégiques seront clés pour gagner les nombreux appels d’offres qui se présentent partout dans le monde, ou tout simplement en Mer du Nord belge - lorsque l’appel d’offres pour la nouvelle zone sera lancé par le prochain gouvernement fédéral.