Quatre minutes. C’est approximativement le temps qu’il vous faudra pour lire cet article. Sur ce laps de temps, 730 millions de mails auront été envoyés, 200 000 photos diffusées sur Instagram, 1,4 million de tweets partagés sur Twitter, 12,5 millions de likes distribués sur Facebook et 11,2 millions de vidéos visionnées sur YouTube. Étourdissants, ces chiffres sont la manifestation d’un monde évoluant à toute allure au sein duquel la digitalisation, l’automation et la désintermédiation bousculent en permanence les modèles économiques et sociétaux.

Cette révolution n’est pas une première, loin s’en faut. Mais jamais encore dans l’histoire de l’humanité le changement ne s’était opéré avec une telle rapidité et une telle intensité.

Dans un monde faisant face à des crises globales, où un concept imaginé par une start-up de l’autre côté de la planète peut, en quelques mois, bouleverser tout un secteur, nulle entreprise, aussi solidement ancrée soit-elle, ne peut se contenter de se reposer sur ses lauriers. Quelle que soit sa longévité ou sa profitabilité, chaque société doit être en mesure de renouer avec l’esprit d’entreprendre de ses débuts.

Ambidextrie perdue

Cet impératif d’innovation, les entreprises l’ont bien intégré. Le terme, il est vrai, leur est constamment rabâché au point de résonner à leurs oreilles comme un poncif. Et pourtant, en dépit de l’évidence de cette injonction, rares sont les sociétés trouvant le chemin à emprunter lorsqu’il s’agit d’innover. 

Tiraillées entre l’envie de révolutionner leur modèle d’affaires et la crainte de se détourner d’un cœur de métier encore source de rentabilité, nombre d’entreprises voient leur désir d’innovation étouffé par ce dilemme de l’innovateur. Comment dénouer ce conflit ? En retrouvant l’usage de leur deuxième main !

Exploration ou exécution

Au cours des dernières décennies, la majorité des entreprises se sont employées à fonctionner sur base d’une organisation centralisée, rythmée par des processus standardisés, instaurés dans une optique d’efficacité. Exerçant à l’excès leur main de l’exécution, elles en ont presque oublié qu’elles disposaient d’une autre main : celle de l’exploration. La main entrepreneuriale de leur début. Celle qui ose prendre des risques, guidée par l’envie de défricher des territoires inconnus dans le but d’y déceler de futurs moteurs de croissance.

Longtemps, l’art de l’exécution a suffi à garantir un avantage concurrentiel aux entreprises. Mais en 2021, cette aptitude est devenue insuffisante. Pire encore. Cette capacité à exécuter qui fit la force de ces sociétés par le passé les pénalise aujourd’hui en freinant leur adaptation rapide au changement.

Faisant harmonieusement cohabiter logiques d’exécution et d’exploration, et créant même entre elles des synergies, l’ambidextrie organisationnelle est la clé de la durabilité. Cet équilibre permet à l’entreprise d’être performante sur le court terme en exécutant son métier selon des méthodes éprouvées et, dans le même temps, de bâtir son avenir en explorant de nouvelles opportunités.

Un processus progressif

L’ambidextrie n’est pas l’apanage de certaines entreprises, pas plus que de certains entrepreneurs. Renouer avec cet équilibre est le fruit d’un processus progressif. Aux mini-projets exploratoires des débuts succéderont ainsi des projets de plus grande envergure qui, petits à petit, permettront à l’entreprise de retrouver l’usage de sa deuxième main et de voir s’installer entre ses murs une culture entrepreneuriale permanente. 

Ce besoin de restimuler l’ambidextrie et, plus largement, la nécessité de développer la créativité et l’esprit d’entreprendre sont au cœur des recherches menées par le département entrepreneuriat d’HEC-Liège. Ces recherches font notamment appel aux neurosciences et à la neuroimagerie.

Pour en savoir plus ou pour rejoindre l’étude : www.entrepreneurmind.uliege.be