Des changements de comportements peuvent être facilement réalisés.

– Chronique signée Loïc Bar, fondateur et CEO d'Opinum.

L’impact du changement climatique se fait ressentir un peu partout sur la planète. Bien entendu, les pôles sont les plus touchés avec, par exemple, la perte de 75 % du volume de glace en Arctique, mais les récents feux d’Australie nous rappellent qu’il est urgent d’agir. Et si l’impact écologique n’est pas suffisant, il suffit de constater l’influence de la pollution de l’air sur le PIB - 2,9 trillons de dollars -, pour se convaincre de prendre en compte cette problématique.

Les réponses à ce changement se multiplient. Entre les manifestations d’étudiants, les actions politiques en faveur d’une meilleure efficacité énergétique des bâtiments, les programmes des grandes entreprises à l’instar de Microsoft pour atteindre la neutralité en carbone, je me suis demandé comment, en tant qu’entrepreneur, je pouvais contribuer à un monde plus durable.

Monde digital

Lorsque j’ai lancé ma société (Opinum SA) il y a 5 ans, je souhaitais mettre mes connaissances du monde digital au profit d’un secteur qui aurait un impact positif sur la société en général. Je me suis tout naturellement tourné vers le secteur de l’énergie. Me voilà embarqué dans la vie d’un "startupper" avec la préoccupation du financement de la croissance. Croissance justifiée par le fait que plus ma société grandit, plus l’impact positif se fera ressentir.

Depuis un moment, je suis persuadé que la gouvernance des entreprises ne prend pas assez en compte les défis climatiques. Grâce à nos investisseurs, nous avons fait énormément de progrès dans la gestion de notre entreprise. Voilà maintenant notre stratégie dirigée par des indicateurs, la plupart financiers, qui nous permettent d’orienter nos actions et, en quelque sorte, d’autopiloter l’entreprise. Peu à peu, je me suis perdu dans cette logique financière qui est certes vitale pour une société, mais qui ne peut pas, à elle seule, en définir une performance optimale.

Grande est la tentation de se dire qu’à mon niveau, l’impact que je peux avoir est, somme toute, limité. Pourtant, des changements de comportements peuvent facilement être adoptés, surtout en matière de transport. J’ai commencé à délaisser l’avion au profit du train. Le trajet peut être jusqu’à trois fois plus long, mais il est confortable et permet de travailler de longues heures sans être dérangé. Le covoiturage entre collègues est également devenu pratique courante.

Faciliter les changements

Il fallait néanmoins aller plus loin, en facilitant également ces changements pour les employés. En tant que patron d’entreprise, j’ai mis en place plusieurs outils qui permettent d’encourager nos employés à adopter une démarche de consommation plus responsable. C’est ainsi que, quand un employé a demandé une compensation pour ses trajets à vélo alors qu’il avait déjà une voiture de société, la première réaction aurait pu être de répondre que c’était impossible. Pourtant, après réflexion, cette proposition présentait des avantages pour toutes les parties : en plus d’être un bénéfique pour l’environnement, cela évite une dépense en carburant et en km pour la société. Les voitures de société en elles-mêmes posent d’ailleurs problème. La voiture électrique n’étant pas encore assez développée (sans compter les controverses sur son impact CO2), nous avons décidé que nos employés devraient choisir dans un pool de voitures moins énergivores et, surtout, de direction. Plus de voitures neuves chez nous.

Le secteur IT dans lequel j’évolue est également un gros émetteur de CO2. Les technologies liées à l’internet représentent 2 % des émissions mondiales. Lors de mon dernier conseil d’administration, en présence de mes investisseurs, j’ai présenté un nouveau plan financier intégrant le coût du CO2 comme nouveau paramètre à prendre en compte pour le pilotage de l’entreprise.

Chaque décision de l’entreprise devra désormais être prise en fonction d’indicateurs prenant en compte le coût nécessaire à la compensation du CO2 de l’action visée. Tous les départements de l’entreprise sont concernés, de l’équipe "Produit" qui doit maintenant calculer l’impact carbone de l’utilisation des serveurs utilisés dans le Cloud au département Sales&Marketing qui doit ajuster le calcul des marges pour intégrer ces nouveaux coûts. Devenir neutre en CO2 pour nos clients n’est pas seulement une démarche d’un département RSE qui, à vrai dire, n’existe pas dans les start-up. C’est un véritable effort d’implication à toutes les échelles de l’entreprise. Tous les collaborateurs doivent prendre en compte ce nouveau paramètre : l’empreinte carbone de leurs actions. Cela doit devenir un réflexe, condition nécessaire à la création d’une économie robuste et durable.

Chacun doit prendre ses responsabilités pour les générations futures : grandes entreprises, pouvoirs publics, étudiants et… "startupper".