– Chronique signée Emna Everard, Co-founder & CEO de Kazidomi

Je voudrais vous conter une histoire, celle du jeune cadre dynamique. Diplômé d’une prestigieuse école de commerce, il collectionne les bonnes notes et remplit son CV d’activités extrascolaires. Une fois son diplôme en poche, non mécontent d’être contacté par plusieurs entreprises qui le courtisent alors qu’il vient à peine de sortir de l’école, il se dirige vers les voies royales du conseil en stratégie pour parfaire son apprentissage et renforcer son CV Un choix qui pèsera lourd ensuite sur sa vie privée, puisqu’il enchainera les longues soirées au bureau, il comptera sur les doigts de la main les weekends durant lesquels il ne sera pas contraint de consulter ses emails et sera soumis à un stress important pendant quelques années. Tout cela n’est pas vain évidemment, il apprend énormément et développe des compétences et tout le monde comprend bien ce choix.

D’autre part, un de ses camarades de classe lance une startup, un choix tout aussi louable, qui le fera vivre d’innombrables aventures, humaines et professionnelles. Cependant, après deux ans, sa société bat de l’aile, ou plutôt le décollage initialement prévu n’a pas su se concrétiser. Dommage, il devra fermer boutique et se tourner vers une carrière plus traditionnelle.

En tant qu’entrepreneur, et m’étant moi-même associée à un ancien consultant je constate avec stupeur que le premier parcours s’avère souvent convainquant pour un recruteur là où le second va soulever des questions.

Je m’interroge : pourquoi peut-on se lancer dans une carrière dans une entreprise avec l’objectif principal d’apprendre, de développer ses compétences et de faire des rencontres mais a-t-on tant de mal à expliquer le parcours d’un jeune entrepreneur de la même manière ? Pourquoi met-on autant de pression aux jeunes entrepreneurs, en estimant leurs expériences entrepreneuriales veines si elles n’aboutissent pas ? Nierait-on les évidents apprentissages d’une expérience entrepreneuriale ? Qu’en est-il de l’immense besoin d’autonomie que cela requiert, ou au besoin sans fin de résilience, d’esprit d’innovation ? Comment oublier les innombrables relations qu’un jeune entrepreneur développe durant son parcours ou encore les compétences humaines très avancées nécessaires pour pouvoir recruter certaines personnes, les motiver au jour le jour et les coacher. Peut-on vraiment croire qu’une autre expérience est susceptible d’être un bien meilleur apprentissage ?

Cela semble évident, et pourtant, trop peu d’entreprises se tournent aujourd’hui vers des entrepreneurs comme source de candidats alors qu’ils sont parmi les meilleurs talents qu’une entreprise puisse accueillir.

Ce changement de paradigme et de conception est nécessaire pour inciter plus de jeunes à se tourner vers le monde de l’entrepreneuriat. Une méconception évidente pour les jeunes est qu’en cas d’échec, l’aventure entrepreneuriale vécue est veine et qu’il faut « recommencer à zéro ». C’est simplement désolant. Un des acteurs les plus influents dans cette dynamique sont les parents des jeunes diplômés qui vont souvent promouvoir la sécurité d’emploi, un salaire important au dépend de la prise de risque ou des passions et rêves qui animent les jeunes diplômés. Cela est dû à une compréhension encore relativement archaïque de la carrière qui est représentée de manière linéaire. Pour faire simple, on commence dans une entreprise, on grimpe les échelons lors des évaluations, et on fait carrière pour devenir un jour cadre supérieur.

Cela ne marche en fait souvent pas comme ça. Très souvent, une carrière est faite de rebondissements, le monde bouge vite, tout peut changer en l’espace d’un instant, suite à un projet particulier, une idée, une opportunité ou une rencontre. Chaque expérience, qu’il s’agisse d’un succès ou d’un échec contribue à faire de nous qui nous sommes et un entrepreneur vit un nombre très important d’expériences en très peu de temps, ce qui en fait un candidat particulièrement précieux.

Ma conclusion et mon message est donc double. D’abord chez entrepreneurs et leurs proches, j’invite une réflexion sur « l’après » en cas d’échec. En effet, c’est un scenario possible, mais il est important de percevoir la façon dont toutes ces aventures ne sont pas une perte de temps même si l’aboutissement n’est pas une entreprise florissante. Le processus de création d’entreprise est en soi une part énorme de la valeur que l’entrepreneur peut en retirer.

Ensuite, en ce qui concerne les employeurs potentiels, je les invite à considérer la façon dont elles sélectionnent leurs candidats pour se tourner plus naturellement vers des entrepreneurs, qui sont souvent des candidats exceptionnels et qui savent surprendre.