La BCE a publié un rapport sur un possible « euro digital ». De nombreuses questions se posent concernant l’intégration de celui-ci dans notre système monétaire, mais aussi au sein des objectifs à long-terme de l’Union Européenne, dont la transition écologique.

L’Union Européenne, dans le but d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, vise la neutralité carbone pour 2050 ainsi qu’une réduction des émissions de 60% d’ici 2030. De plus, la transition écologique fait partie intégrante du plan de relance pour faire face à la pandémie et la crise économique qui nous touchent depuis plusieurs mois. Il est donc pertinent de se demander si l’introduction d’un euro digital s’alignerait au plan climatique de l’Union. Pourrait-il permettre à la Banque Centrale Européenne de diminuer l’empreinte carbone de la création et distribution de la monnaie ? La réponse est oui, mais sous certaines conditions.

Une mauvaise réputation…

Tout d’abord, il faut savoir que la création d’un euro digital, serait faite en parallèle à la monnaie que nous connaissons aujourd’hui. Cette monnaie digitale viendrait donc s’ajouter aux pièces, billets, et cartes bancaires. Cependant, elle pourrait remplacer une partie de ceux-ci et être utilisée pour de nombreuses transactions. Aujourd’hui, de nombreuses monnaies digitales existent déjà, dont les cryptomonnaies, qui existent grâce à un système de réseau décentralisé. Elles peuvent être utilisées pour certaines transactions et être transformées en euros, mais elles ne sont pas soutenues par les gouvernements. La plus connue est le Bitcoin. D’un point de vue environnemental, le Bitcoin a donné un très mauvais nom aux monnaies virtuelles. En effet, il utilise la technologie de blockchain, mais aussi celle du minage, un processus qui résout des calculs mathématiques très difficiles et qui crée de nouveaux Bitcoins. Ce dernier requiert une quantité d’énergie impressionnante, et d’un point de vue écologique, le Bitcoin est catastrophique. En 2017, sa production utilisait autant d’énergie que trois millions de foyers américains. Il est bien plus énergivore que les payements effectués par cartes. Maintenir le réseau de Bitcoin utilise plus d’énergie que la Suisse toute entière. Un autre problème relié au minage, est le fait qu’au plus le Bitcoin gagne en valeur, au plus la création d’un Bitcoin additionnel demande de l’énergie. Cela veut dire que le coût environnemental du Bitcoin augmente exponentiellement avec sa popularité. Une étude effectuée aux Etats-Unis montre qu’en 2018, chaque dollar en Bitcoin était responsable de 50 cents de dommages sanitaires et environnementaux. Certains appellent même le Bitcoin le « nouveau pétrole ». Voilà pourquoi les monnaies virtuelles ont hérité d’une très mauvaise réputation quant à leur impact environnemental.

… qu’il faut nuancer

Avant de proclamer que la création d’un euro digital va à l’encontre de nos ambitions climatiques, il faut le comparer aux cryptomonnaies qui existent aujourd’hui. Un exercice compliqué puisque le rapport de la BCE manque de détails. On sait toutefois que l’euro digital s’inspirera des cryptomonnaies, mais qu’une de ses missions pourrait être de diminuer l’emprunte carbone du système monétaire et de paiements européen. Est-ce réalisable ? Tout d’abord, même si la BCE utilise la technologie de blockchain, il est possible de le faire en évitant des taux de pollution élevés puisqu’elle n’est pas obligée d’utiliser la technologie de minage et que certaines cryptomonnaies déjà présentes utilisent des systèmes de computation bien moins énergivores que le Bitcoin. D’autant plus que l’utilisation du cash est très énergivore elle aussi, et la remplacer par une monnaie digitale pourrait avoir de nombreux avantages. Des études montrent que le cash est 1,5 fois plus polluant que les payements par carte. Si l’euro digital requiert une quantité d’énergie similaire ou moindre que les paiements par carte, la BCE pourrait créer un système monétaire plus écologique. De plus, l’introduction d’un euro digital pourrait mener à plus de stabilité dans le système monétaire puisqu’un nombre stable d’euros digitaux circulera dans l’économie. Ceux-ci seraient donc à l’abri des chocs et pourraient empêcher certaines récessions de voir le jour. Une bonne nouvelle pour l’environnement puisque lors de crises, les gouvernements ont tendance à dépenser énormément pour relancer l’économie, cela en dépit des ambitions écologiques.

Une myriade de points d’interrogation demeurent quant à l’introduction d’un euro digital et son impact sur nos sociétés. Il faudra attendre 2021 pour le prochain rapport de la BCE pour mieux comprendre les technologies qui seraient utilisées pour mettre cette monnaie virtuelle en place. Il sera à ce moment-là possible d’évaluer l’impact écologique de celle-ci. Même si les monnaies virtuelles ont aujourd’hui une mauvaise réputation auprès des activistes environnementaux, l’euro digital pourrait être basé sur des technologies beaucoup moins polluantes. De plus, l’utilisation de cash est très énergivore et virer vers une société sans liquide pourrait aider l’Union Européenne à atteindre ses objectifs climatiques.