La sagesse vient avec l’âge. Cette maxime s’applique également aux investisseurs. Mais l’expérience peut aussi rendre moins ouvert aux idées nouvelles. Il convient d’y prendre garde. L’on peut certainement tirer des leçons des crises du passé.

Une chronique initialement rédigée le 29 mai et signée Robin Parbrook, co-head of Asian Equity Alternative Investments chez Schroders.

Une crise se définit comme une période qui provoque une réinitialisation structurelle de la politique et des comportements au niveau du gouvernement, des entreprises et des consommateurs. Contrairement au déclin cyclique, la crise a un impact beaucoup plus prolongé sur les marchés boursiers. [J'ai] connu deux véritables crises au cours de sa longue carrière. La crise de la dette asiatique de 1997-1998 et la grande crise financière de 2008-2009. Il considère que la crise du coronavirus est à classer dans la même catégorie, dès lors qu’elle aura un impact à long terme sur les économies et les marchés boursiers.

Leçon 1. Changement de mentalité

Une crise vous oblige à repartir de zéro. Il faut reconsidérer ses investissements en tenant compte des changements structurels qui se produisent. Les scénarios doivent être repensés et réévalués. Les investisseurs doivent réfléchir de manière innovante et aussi envisager l’impensable.

Leçon 2. Oubliez la rentabilité à court terme

Concentrez-vous sur le bilan et les flux de trésorerie plutôt que sur la rentabilité. La dette peut être mortelle en période de crise, même à petites doses. La structure de la dette revêt donc une importance essentielle. Ne sous-estimez jamais l’impatience – et même jusqu’à l’idiotie – des banques. Pendant la crise financière asiatique, [J'ai] vu de nombreuses entreprises faire faillite non pas parce qu’elles n’étaient pas en bonne santé, mais tout simplement parce que les banques refusaient de prolonger leurs lignes de crédit.

Leçon 3. Méfiez-vous (de la plupart) des actions bancaires

Les banques sont par nature les sociétés boursières les plus endettées. Dette et crise ne font pas bon ménage. En Asie, les banques d’État et les banques familiales plus faibles n’attirent pas toujours les personnes les plus qualifiées. En temps de crise, il faut avoir une bonne équipe de gestion. Les prêts non performants ne font surface qu’avec un certain décalage dans le temps ; de plus, les banques peuvent devenir des sujets politiques brûlants en temps de crise. Les banques faibles ont tendance à disparaître ou à devenir zombies. Même les meilleures banques ne se redressent que lentement.

Leçon 4. Les pays bien organisés se remettent plus rapidement

Le fait d’avoir un gouvernement cohérent et une administration qui fonctionne bien permet de rétablir la confiance plus rapidement et facilite un retour à la normale de l’activité économique. Pendant la crise financière asiatique, ce sont Hong Kong, Taïwan, l’Australie, Singapour et la Corée du Sud qui se sont rétablis le plus vite. Les pays dirigés par un gouvernement corrompu et gérés de manière chaotique se sont presque entièrement effondrés. Une crise n’est pas nécessairement le bon moment pour s’engager dans des investissements téméraires.

Leçon 5. Une crise accélère les développements disruptifs

"La nécessité est mère de l’invention." Une crise met souvent en avant des idées innovantes et renverse les obstacles au changement. Une crise peut accélérer considérablement l’émergence de gagnants et de perdants. La crise de la Covid-19 peut potentiellement conduire à des disruptions massives. Par exemple :

· À la fin de la semaine de travail de 9h à 17h au bureau et aux déplacements en masse des navetteurs

· À un glissement structurel vers le télétravail

· Aux soins de santé en ligne

· À l’enseignement en ligne

· À la diminution des voyages d’affaires

· À l’automatisation et au rapatriement de la production

· À une transition vers un monde plus virtuel marqué par la prédominance de l’intelligence artificielle

Les investisseurs doivent reconsidérer leurs investissements lorsque les disruptions s’intensifient. Les modèles économiques doivent être réinventés pour survivre.

Leçon 6. L’émergence des entreprises zombies

Les gouvernements interviennent pour prévenir les faillites d’entreprises, en particulier dans les secteurs considérés comme « stratégiques ». Cela se traduit souvent par un grand nombre d’entreprises zombies. Les investisseurs doivent éviter les secteurs qui n’ont pas été « assainis ».

Leçon 7. Investissez dans une bonne entreprise à un prix équitable

Une fois que vous avez fait votre analyse et que vous savez quelles entreprises sont susceptibles de sortir renforcées de la crise, ne soyez pas avares en ce qui concerne le prix que vous êtes prêts à payer. La clé est de ne pas abaisser constamment votre prix d’entrée souhaité lorsque le cours se rapproche de l’objectif souhaité.

Leçon 8. L’impact d’une crise dure plus longtemps que prévu

L’après-crise financière a été marquée par des caractéristiques durables comme un manque d’investissements des entreprises, le populisme et le souhait de réduire l’influence du capitalisme de libre marché. Après la crise financière asiatique, la majorité des entreprises d’Asie ont développé une aversion permanente pour la dette. Mais compte tenu de l’aspect structurel d’une crise, les marchés boursiers ont besoin de beaucoup plus de temps pour se redresser. Les marchés d’actions restent vulnérables dans un climat de nervosité des investisseurs. Surtout lorsqu’une crise accélère les disruptions, entraînant ainsi l’émergence de gagnants et de perdants.