Une chronique signée Igor de Maack, Gérant et porte-parole de la Gestion, DNCA Investments. Texte initialement rédigé le 9/06/2020.

Cette phrase prophétique prononcée par Martin Luther King à Washington en 1963 habite probablement aujourd’hui l’esprit et l’âme de tout citoyen des Etats-Unis actuellement témoin des émeutes déclenchées par le meurtre d’un Afro-Américain (Georges Floyd) par un policier de Minneapolis.

Le dollar s’est effrité (1,13 contre euro dynamisé par les interventions de sa banque centrale) comme un symbole d’une défiance mondiale face à la plus puissante démocratie du monde dont certains comportements rappellent étrangement ceux de pays moins libéraux. Après le parcours impressionnant de tous les actifs finances américains (actions, obligations, monnaie), l’Europe pourrait redevenir dès lors une terre d’accueil pour les investisseurs. 

La BCE a d’ailleurs décidé d’augmenter son programme d’achat d’actifs (+ 600 milliards d’euros) pour soutenir une économie qu’elle estime pouvoir flancher de 8,7% en 2020 pour rebondir de 5,2% en 2021 et de 3,3% en 2022. Signe de cette détente, le spread entre les taux allemand et italien à 10 ans est passé en dessous du niveau de 200 points de base. Les indicateurs économiques montrent tous en effet une reprise après le point bas d’avril ce qui est normal puisque cela correspond au début du déconfinement dans la plupart des pays.

Pourtant, la crise s’annonce sévère. L’euphorie pourrait retomber avec notamment la perspective d’une élection américaine qui sera le théâtre de toutes les divisions et le siège du retour de la volatilité (politiques, financières, sociales et ethniques). Les marchés financiers vivent en ce moment une sorte de rêve qui devient une réalité normative. Le Nasdaq est proche de son record historique de début d’année. Les actions américaines restent plébiscitées. Certains fonds actions affichent des performances YTD entre 5 et 10%. Les investisseurs sont de toute évidence rassurés par la réactivité des autorités monétaires et par les plans de soutien annoncés par les gouvernements sur la surface du globe.

L’Allemagne a annoncé un plan d’aide de 130 milliards d’euros fondé sur une baisse de la TVA, des aides directes aux ménages et une prime aux véhicules électriques pendant que la France travaille sur un plan de sauvetage du secteur aéronautique après celui de l’automobile. Il faudra toutefois sortir du rêve car la réalité des résultats des entreprises et l’inéluctabilité des transformations accélérées induites par le Covid-19 viendront frapper de plein fouet des économies encore sous perfusion monétaire.

Le patient (l’économie mondiale) aura donc été réanimé et sauvé. Il faut désormais lui réapprendre à marcher sans béquille puis lui redonner envie de courir le plus vite et le plus longtemps possible.