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Un peu moins de 11,2% des Belges ont reçu à ce jour une première injection du vaccin contre le coronavirus. La semaine dernière, près de 250.000 personnes ont été vaccinées chez nous, soit à peu près le même nombre que la semaine précédente. A titre de comparaison, le président américain Joe Biden vise actuellement à vacciner 14 millions de personnes par semaine. Ramené au nombre d’injections par million d’habitants, c’est pratiquement le double de la Belgique.

On peut donc dire sans se tromper qu’il nous faudra plus de temps pour obtenir l’immunité de groupe visée. L’adhésion de la population à la vaccination augmente, mais plus d’une personne sur quatre ne semble pas encore convaincue. La logistique qu’implique une campagne de vaccination nationale n’est pas un jeu d’enfant, malgré les efforts de tous les professionnels de la santé et des volontaires. Enfin, l’approvisionnement en vaccins reste problématique.

Capacité de production

Ces derniers mois, il est devenu à la mode que des économistes de divers horizons fassent des suggestions pour améliorer la politique gouvernementale. Il en va de même pour 15 économistes, principalement américains, des universités de Chicago, Harvard et George Mason. Ils ont analysé ensemble la quantité de vaccins qui seront bientôt disponibles dans le monde.

Ils ont conclu que l’investissement requis pour augmenter la capacité de production est rentabilisé au centuple. Vous avez bien lu: les bénéfices d’une disponibilité accrue des vaccins seraient 100 fois supérieurs à l’investissement. Cela peut sembler difficile à croire, mais la méthode de travail de ces économistes ne laisse que peu de place à l’approximation. Au contraire.

Les économistes estiment qu’à partir du mois d’avril, les sociétés pharmaceutiques pourront aider à vacciner 3 milliards de personnes par an. Ces vaccins permettront de rouvrir en partie l’économie et d’augmenter le PIB mondial de 8.700 milliards de dollars, ce qui équivaut à 10% du PIB de 2019.

Par ailleurs, l’accélération de la vaccination entraîne d’autres avantages, principalement en matière de santé et d’enseignement. L’économiste Larry Summers a calculé que ces avantages pouvaient représenter un multiple de l’impact de la vaccination sur le PIB mondial. Enfin, les économistes ont également calculé la vitesse à laquelle l’immunité collective (70% de la population vaccinée) pouvait être atteinte. Pour les pays les plus riches, l’objectif pourrait être atteint en 12 mois. Pour le reste du monde, il faudrait près d’une année de plus.

Plus, et de préférence plus vite

Mais que se passerait-il si le secteur pharmaceutique pouvait produire annuellement des vaccins permettant de traiter 1 milliard de personnes supplémentaires ? En d’autres termes, si nous pouvions accélérer la vaccination. Le résultat ? Les pays les plus riches et le reste du monde atteindraient l’immunité collective respectivement avec deux et cinq mois d’avance.

Cela peut sembler séduisant, et l’analyse économique coûts-bénéfices l’est tout autant.

Grâce à la Secrétaire d’Etat De Bleeker, nous savons que les prix payés par les Etats membres varient entre 5 et 36 dollars par personne vaccinée. Les 15 économistes évaluent les bénéfices économiques totaux à un montant se situant entre 576 et 989 dollars par personne traitée. Il n’y a donc pas photo: nous avons tous intérêt à ce que les capacités de production de vaccins actuelles et planifiées soient rapidement élargies.

Les grands investisseurs, dont le rendement des portefeuilles dépend de la reprise économique, semblent avoir déjà bien compris le message. Ils encouragent les entreprises pharmaceutiques faisant partie de leurs portefeuilles à s’entraider pour accélérer la production de vaccins. Dans ce contexte, les collaborations annoncées entre par exemple Sanofi et Novartis sont porteuses d’espoir.

Il est temps que les autorités européennes mettent aussi la main au portefeuille. Un fonds d’investissement à long terme tel que « Next Generation » est une initiative formidable. Mais essayons peut-être d’abord de permettre à cette génération de retrouver sa liberté quelques mois plus tôt.