Une chronique signée Max Swerdlow, Country Leader chez Salesforce Belux.

Pas de grandes manifestations ou de discours traditionnels, cette année, à l’occasion du 1er mai. Le virus Covid-19 ne l’autorisera pas. La Fête du Travail sera l’occasion de constater combien le monde du travail ne sera plus jamais le même. Le virus a forcé de nombreuses sociétés à négocier le tournant du numérique en toute hâte. Cela exige toutefois, de la part des employés, de disposer des connaissances et des compétences numériques nécessaires. Quiconque n’investit pas dans ce sens dès à présent ne survivra pas.

Faire travailler l’ensemble de leur personnel à partir de chez eux s’est avéré un énorme défi pour certaines organisations. De nombreux systèmes informatiques sont conçus de telle sorte à permettre aisément à 10 ou 20% du personnel de travailler à domicile mais, aujourd’hui, ce pourcentage est passé à 100%. Cela a non seulement eu pour effet de mettre en lumière l’importance des compétences numériques mais également de nécessiter la mobilisation de certains profils dans des départements où la charge de travail est soudain devenue plus importante. Soudain, il est devenu urgent d’investir dans de nouvelles compétences et de procéder à la reconversion professionnelle des collaborateurs.

133 millions

Aujourd’hui, la capacité à dénicher du personnel qualifié est devenue le principal facteur de réussite pour les entreprises. Selon des estimations de la Commission européenne, pas moins de 756.000 postes vacants ne trouveront pas preneurs dans le secteur ICT européen cette année. Cette pénurie européenne de profils ICT qualifiés n’est que le début d’une énorme disette sur le marché du travail qui ne fera que s’accentuer sous l’impulsion de la Quatrième Révolution Industrielle . L’essor de l’Intelligence Artificielle (IA), de la robotique et d’autres nouvelles technologies a pour effet de transformer les emplois à une vitesse telle que les entreprises doivent rechercher de nouvelles compétences à un rythme toujours plus élevé. Le Forum Economique Mondial a calculé qu’au moins 133 millions de nouvelles fonctions feront leur apparition en 2022 en raison d’une nouvelle répartition des tâches entre l’homme, la machine et les algorithmes. On assistera à une forte demande de compétences techniques mais également de compétences que les ordinateurs ne peuvent pas aisément reprendre à leur compte. A savoir, la pensée créative et la négociation.

Politique à court ou à long terme?

Vous avez la possibilité, en tant qu’entrepreneur, d’opter pour une solution à court terme: à savoir, séduire des individus présentant les compétences requises à l’aide de salaires élevés et de nombreux avantages complémentaires. Mais, ce faisant, vous ne feriez que remettre le problème à plus tard. Il est probable que les compétences que vous attirez aujourd’hui ne seront plus nécessaires à ce moment-là. Qui plus est, la réserve existante de travailleurs qualifiés est insuffisante pour continuer à satisfaire la demande. Vous continuerez dès lors de puiser de plus en plus dans vos ressources financières.

Quiconque désire engranger des résultats durables à long terme doit investir dans la formation continue de son personnel actuel. Le Forum Economique Mondial estime que, d’ici 2022, plus de la moitié (54%) des travailleurs doit pouvoir bénéficier d’une sérieuse remise à niveau. Autre constat marquant: en Europe, environ 37% de tous les travailleurs ne disposent pas de compétences numériques de base. Et nous ne parlons même pas des compétences spécialisées dont les entreprises ont besoin pour implémenter de nouvelles technologies numériques.

En optant pour une approche globale, nous donnons la priorité au développement de compétences au sein des équipes existantes. Ce faisant, nous évitons que les progrès technologiques accentuent encore davantage les inégalités économiques en écartant des collaborateurs moins qualifiés du marché du travail. Ce processus est trop lent à l’heure actuelle et ce, en dépit du fait que deux tiers des responsables RH estiment que la reconversion de leur personnel est en mesure d’aider la société. Les obstacles ont pour nom carences budgétaires, manque structurel de temps pour participer aux formations, et un manque de technologies appropriées.

Apprendre tout au long de la vie grâce à la technologie

Quiconque ne passerait pas dès à présent à l’action prendrait immédiatement la direction de la sortie. En tant que chef d’entreprise, vous devez oser jeter un regard critique sur les aptitudes techniques et “humaines” qui sont nécessaires pour parer votre personnel à affronter l’avenir. Vous devez ensuite agir rapidement afin de libérer les ressources qui vous permettront de franchir le premier pas vers une nouvelle culture d’entreprise qui soit basée sur la formation permanente. Le Covid-19 nous donne un petit coup de pouce en la matière. L’histoire nous enseigne en effet qu’une crise fait souvent office d’accélérateur.

Cela vous paraît-il mission impossible pour votre entreprise?

Pas de panique toutefois, la formation permanente peut très vite être introduite sur le lieu de travail — de manière paradoxale, grâce à la technologie. En effet, les employés recourent constamment à des plates-formes numériques dans le cadre de leur vie privée: depuis les opérations bancaires en-ligne jusqu’au partage de photos ou d’infos via les réseaux sociaux. Pendant cette période difficile, j’ai même vu une personne de plus de 70 ans procéder à un paiement sans contact chez le boulanger à l’aide de son smartphone! C’était pour elle la toute première fois, a-t-elle déclaré.

Les fondements sont donc d’ores et déjà présents. Franchir le pas vers des plates-formes d’apprentissage en-ligne telles Coursera , Udacity , Udemy ou Trailhead sera donc minime. En proposant des cours sur la science des données, l’apprentissage automatique et l’IA, vous aiderez vos collaborateurs à garder une longueur d’avance sur la disruption numérique. Cela leur permettra en outre de conserver le contrôle de leur propre formation.

Investissez également dans vos propres valeurs

Une enveloppe salariale attractive et d’autres avantages ne sont pas les seuls facteurs, sur un marché concurrentiel, qui déterminent si les entreprises peuvent attirer et fidéliser des talents. Les “millenniaux” désirent par exemple travailler pour une organisation dont ils soient fiers. Une étude démontre que les entreprises qui se distinguent par leurs valeurs, qui génèrent un impact social et qui oeuvrent à une culture plus diversifiée et inclusive, sont mieux à même d’accentuer l’implication et la productivité des collaborateurs et à gagner la guerre des talents .

Il n’existe malheureusement pas de solution “ onze-size-fits-all ” qui permettrait aux entreprises de préparer leur personnel à affronter l’avenir. Toutefois, en donnant la priorité à la formation continue, à la reconversion et à la rétention du personnel, votre société sera bien préparée à tenir la dragée haute à la Quatrième Révolution Industrielle — pendant mais aussi après la crise du coronavirus.