Mission accomplie pour Didier Reynders, le commissaire européen à la Justice. Le certificat de vaccination digital a été entériné la semaine dernière par les États membres : il permettra de sauver la saison touristique en garantissant la libre circulation de ses détenteurs. Pour les non-résidents de l’UE, il faudra être vacciné depuis plus de 14 jours ou être citoyen d’un pays mis sur la "liste blanche" pour profiter des plages et du patrimoine européen qui accueillaient, en 2019, plus de la moitié des touristes internationaux.

C’est un soutien de taille à la croissance de la France et des pays du sud de l’Europe où les activités liées au tourisme, celles qui ont le plus souffert de l’épidémie, représentent 11 % du PIB en moyenne et jusqu’à 17 % des emplois. La reprise des vols restera toutefois balbutiante cette année : le trafic aérien ne devrait pas excéder 40 % de son niveau pré-crise cet été.

La double peine

Cependant, pour les voyageurs, il devrait être plus difficile de trouver un véhicule de location qu’un billet d’avion. Rapidement ajusté pendant la pandémie, le parc disponible en Europe représente désormais moins de 200 000 véhicules, contre près de 400 000 au troisième trimestre 2019. D’Hertz à Sixt en passant par Europcar et Avis, les leaders européens de la location de véhicules ont réduit leur flotte de 30 à 50 % au premier trimestre par rapport à l’année précédente afin de limiter leur besoin en fonds de roulement et préserver leur trésorerie. À présent, la pénurie de semi-conducteurs contraint l’offre de véhicules neufs : les loueurs ne parviennent à reconstituer leur stock et une semaine de location habituellement facturée à moins de 100 euros peut coûter jusqu’à plus de 500 euros en fonction des destinations.

Pour les consommateurs, cette période estivale de réouverture pourrait être le moment de vérité quant au risque inflationniste. Pour ceux d’entre eux qui comptaient sur les performances des cryptomonnaies pour s’en prémunir, c’est malheureusement la double peine. Cinq semaines après son record à près de 65 000 dollars coïncidant avec l’introduction en bourse de sa première place de cotation, Coinbase, le bitcoin a cédé jusqu’à 54 % de sa valeur au cours de la séance du mardi 18 mai.

La malédiction qui avait frappé Glencore en 2011 semble s’être répétée : à l’époque, l’introduction du géant du négoce et de l’extraction avait précédé de quelques semaines le dernier sommet historique connu des matières premières. Depuis, et malgré le rebond vertigineux de 2020-2021, ni le cours de Glencore, ni celui des matières premières n’ont recouvré ces niveaux… Rien ne permet de prédire si le courtier digital partagera le destin de son homologue sur les matières premières, mais l’effondrement des dernières semaines s’est fait au son du glas sonné par le régulateur.

Aux États-Unis, la dérégulation permissive offerte aux cryptomonnaies par le Président Trump quand il a placé l’ex-dirigeant de Coinbase, Brian Brooks (aujourd’hui chez Binance) à l’OCC ( Office of the Comptroller of Currency ), a fait long feu. Sous la nouvelle administration Biden, Michael Hsu entend réévaluer la position permissive du bureau à l’égard des tokens .

Rappel à l’ordre

S’il ne s’agit en rien d’une déclaration de guerre aux cryptomonnaies, cette annonce a cependant exacerbé les craintes suscitées le même jour par la prise de position désormais très claire des autorités chinoises pour qui ces véhicules spéculatifs ne peuvent revêtir les attributs d’une monnaie. Ce rappel à l’ordre était prévisible : il n’est pas encore concevable pour l’État d’abandonner le monopole régalien de lever l’armée et de battre la monnaie. Le retour en force de son interventionnisme depuis le début de la pandémie ne pouvait trop longtemps laisser place à une catégorie d’actifs qui puisse échapper aussi librement à sa régulation. N’y a-t-il pas d’ailleurs quelque contradiction à placer les aides publiques perçues (notamment le chèque Biden de 1 400 dollars) dans un actif financier dérégulé sous prétexte qu’il échappe au contrôle de l’État ? Est-il acceptable de voir le public subir les manipulations de marché qu’Elon Musk jette à la figure de la Sec ( Securities and Exchange Commission ) dans ce bras de fer personnel qu’il livre à l’autorité de marché américaine depuis l’affaire du tweet de retrait de la cote de Tesla ? Sans préjuger des réponses, une chose est certaine, la volatilité quotidienne du bitcoin, plus de cinq fois supérieure à celle des devises traditionnelles, réduit fatalement son attrait en tant que monnaie.

Pour le voyageur étranger qui souhaite visiter Paris cet été, le montant d’un trajet entre Charles de Gaulle et la tour Eiffel payé en bitcoin contre euros peut ainsi varier de 5 % entre le départ et l’arrivée : c’est une inconnue de 3 euros sur la facture de la course ! Et s’il est quelque chose que l’on s’efforce d’éviter pendant les vacances, ce sont bien les imprévus…