Un monde sans pétrole ? Nous n’en sommes évidemment pas encore là. Il reste, au vu des réserves actuelles et potentielles, sans doute quelques décennies aux majors du secteur pour exploiter cet or noir encore aujourd’hui indispensable au fonctionnement de nos économies.

Mais les lignes commencent à bouger. Certes, ce n’est pas une révolution copernicienne; plutôt à ce stade, un frémissement. Nous assistons, en effet, dans le secteur pétrolier aux premières concrétisations d’une réflexion stratégique qui se projette dans l’après-pétrole, en tout cas de ce côté-ci de l’Atlantique. Des géants comme Total, Shell ou d’autres encore s’impliquent de plus en plus dans des énergies plus durables, dans l’éolien sur terre ou en mer, dans le photovoltaïque ou dans la fourniture de gaz et d’électricité.

Ces groupes pétroliers le savent bien : la pression va s’accentuer dans les années à venir pour qu’ils repensent en profondeur leur business model et "décarbonent" leurs activités sous l’effet du réchauffement climatique et de ses conséquences dramatiques sur la planète et sa biodiversité. Pression des États mais aussi des consommateurs-citoyens qui attendent aujourd’hui un autre modèle énergétique moins polluant que par le passé.

Alors, certes, l’activité pétrolière reste encore et de loin la plus rentable pour les "majors" du secteur qui ont à cœur de choyer… leurs actionnaires. Mais une vision gagnante à long terme ne se construit pas sur des promesses à court terme. Les groupes qui investissent le plus dans ce changement de paradigme énergétique seront bien ceux qui, demain, en toucheront les plus grands dividendes. C’est une évidence. Au-delà des enjeux environnementaux, il y va donc de l’intérêt financier et stratégique de ces groupes de prendre dès à présent le virage d’une nécessaire diversification.

Alors, on pourra toujours regretter que cette "transformation" du modèle pétrolier se fasse encore trop souvent à la marge, qu’elle manque d’ambition. Mais au moins l’Europe montre la voie à suivre. Là où les groupes pétroliers américains sont plus conservateurs… Dans un pays, il est vrai, dirigé par un président ouvertement climatosceptique.