Afin de pouvoir mettre (durablement) en adéquation le demandeur d’emploi et le job, il faut revoir le processus HR.

Une opinion d'Ellen Thijs, Executive Business Manager chez B-Hive.

La déferlante de la numérisation va changer définitivement notre travail. Certes, la numérisation prive des gens de leur emploi. Mais si des emplois disparaissent, ailleurs apparaissent des besoins et des opportunités. Mais voilà, il n’y a pas d’adéquation entre les nouveaux emplois et les personnes ainsi libérées. La manière dont nous relèverons ce défi déterminera le succès de notre marché du travail dans les décennies à venir.

Les experts prédisent qu’environ 85 pour cent des emplois que nous exercerons en 2030 n’existent pas encore aujourd’hui. Il n’est donc pas important de disposer dès aujourd’hui des connaissances et des compétences pour répondre à ces emplois, mais bien de la capacité pour les acquérir. En apprenant à vie, les travailleurs peuvent prendre en main leur carrière et grandir au rythme de la demande du marché. De la sorte, ils restent mobilisables pendant toute leur vie professionnelle.

Qui plus est, la carrière classique est une espèce en voie de disparition. Nous devons nous défaire de l’idée que l’on peut commencer comme junior dans une entreprise et, pour peu que la chose soit possible, y achever son parcours professionnel comme manager. Tout porte à croire que le travailleur du futur bondira d’un projet à l’autre, même chez des employeurs différents, simplement parce qu’il y sera nécessaire à ce moment-là.

À l’heure qu’il est, il existe un fossé béant entre les chances créées par la numérisation et les emplois qu’elle affecte. Les personnes licenciées n’ont pas nécessairement, du moins la plupart du temps, les connaissances et les compétences requises pour répondre aux nouveaux besoins. En apprenant toute sa vie durant, un travailleur acquiert donc une plus grande liberté mais aussi la responsabilité totale de sa propre carrière. Il devra lui-même faire en sorte, grâce à cet apprentissage perpétuel, qu’il reste employable pendant toute la durée de son parcours professionnel.

Mais les employeurs devront eux aussi s’adapter à cette nouvelle manière de travailler s’ils veulent pérenniser leur succès. Dans l’entreprise du futur, il sera crucial d’offrir un rôle central au travailleur. Les entreprises devront se profiler comme des employeurs intéressants et de qualité. Et elles devront à tout moment affecter leurs collaborateurs à des projets où, sur la base de leurs compétences, ils peuvent apporter la plus grande valeur ajoutée. En outre, elles devront fournir aux travailleurs les outils leur permettant de s’approprier leur carrière et d’apprendre sans discontinuer.

Afin de pouvoir mettre (durablement) en adéquation le demandeur d’emploi et le job, nous devons revoir le processus HR. Pour le recrutement, nous nous fions encore trop au jugement des gens, à leur instinct, et trop peu à des facteurs objectifs. La plupart des services HR publient des offres d’emploi, espèrent que les personnes adéquates y répondront et choisissent ensuite le candidat le plus approprié sur la base d’une interview.

À l’inverse, les entreprises doivent également espérer qu’un candidat les choisisse. Elles devront davantage se profiler comme des employeurs attrayants si elles veulent attirer et conserver les talents. Les recruteurs devront évoluer vers une stratégie qui place le talent au cœur des préoccupations. À cet égard, ils seront des maîtres à jouer, qui recherchent activement le travailleur adéquat pour le job adéquat au moment adéquat. Les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle (IA), peuvent aider les recruteurs dans leur tâche.

L’IA prédit aujourd’hui déjà la formation de ralentissements, les e-mails qu’il faut absolument lire ou ne pas lire ou quelle série Netflix nous allons apprécier. Mais il existe également une multitude d’applications à imaginer pour les services HR. L’écosystème de fintech B-Hive a été parmi les premiers à développer une plateforme numérique, appelée TalentBuzz, pour faire cela concrètement. Une version bêta du marché numérique a été officiellement lancée à SuperNova à Anvers le 26 septembre. La plateforme met en concordance employeurs et travailleurs à l’aide de l’intelligence artificielle et indique même immédiatement où se situent les éventuels points d’amélioration. Mieux, elle prédit en détail l’endroit où naîtra une pénurie de travailleurs qualifiés afin de pouvoir se concentrer sur la question lors du recrutement. La technologie aide à poser des choix plus objectifs en mettant en adéquation les CV et les descriptions d’emploi d’une manière intelligente et à constituer ainsi des présélections de candidats adéquats.

Le recrutement reste une affaire humaine, mais nous avons besoin de la technologie pour découvrir et exploiter massivement le potentiel caché. Le moment est donc venu d’utiliser la numérisation afin de nous préparer au mieux au marché de l’emploi de demain.

© D.R.