La profession souffre d’un manque de renouvèlement, d’un problème d’image, de l’arrivée de nouvelles réglementations. Compte tenu de tous ces défis, la digitalisation du secteur de la finance est-elle en train de donner le coup de grâce au métier de comptable ?

Chronique signée Bryan Steyns, New Technology Manager chez Horus Software.

La Belgique compte aujourd’hui un peu plus de 5000 comptables et fiscalistes selon les chiffres de l’Institut Professionnel des Comptables et Fiscalistes Agréés (ICE). La profession souffre néanmoins d’un manque de renouvèlement du personnel, d’un problème d’image (les Panama Papers entre autres), de l’arrivée de nouvelles réglementations et d’amendes. Compte tenu de tous ces défis, la digitalisation du secteur de la finance est-elle en train de donner le coup de grâce au métier de comptable ?

Les possibilités infinies de la technologie

Des technologies comme l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage machine permettent d’ores et déjà d’automatiser l’encodage de factures ainsi que les analyses financières et comptables. Elles optimisent également la gestion de portefeuille, l’allocation de crédit et l’évaluation de risque. Des tâches autrefois manuelles qui éliminent le risque d’erreur, peuvent se faire à toute heure du jour et de la nuit, et transforment les données brutes en informations exploitables pour l’entreprise. Même très compétent, un humain ne peut rivaliser !

La digitalisation a pourtant ses limites. En 2018, un algorithme de recrutement mis au point par Amazon a dérapé en discriminant des candidatures féminines. Deux ans plus tôt, Tay, un bot (programme autonome) de Microsoft est passé d’un comportement de jeune ado à celui d’une personne raciste, nazie et misogyne en moins de 24 heures. Des attitudes qui choquent et qui démontrent le besoin de supervision par une personne bienveillante.

En effet, l’IA n’a pas de notion de contexte, ne différencie pas le bien du mal, ne connait pas l’empathie. Elle ne fait qu’apprendre sur base des informations qu’on lui fournit et une fois en dehors de sa « zone de confort », elle est amenée à réagir de manière spectaculaire et relativement inattendue.

Quel rôle pour le comptable de demain ?

En comptabilité, les tâches de routine et répétitives, qui représentent jusqu’à 80% du temps du comptable, sont ou seront tôt ou tard automatisées par l’IA. Il ne faut cependant pas croire que ce métier disparaitra. Au contraire. Il n’en sera que plus intéressant grâce à une charge de travail allégée et à une valeur ajoutée plus grande !

En faisant un usage intelligent des technologies mises à sa disposition, le comptable pourra se focaliser sur des tâches plus intellectuelles et plus approfondies, notamment dans le suivi client, les conseils fiscaux, les tableaux personnalisés, les analyses poussées, etc. In fine, l’intelligence artificielle devra être l’assistant qui tient les dossiers à jour, tandis que le comptable fournira une vision journalière de sa société, ce qui amènera de meilleures prises de décision pour les dirigeants d’entreprise.

Face aux défis du secteur et en particulier à la crise de vocations, Bart Van Coile, président de l’ICE, a récemment déclaré qu’il fallait « montrer aux jeunes le bon côté du métier ». Je ne peux que le soutenir dans ses dires. Le comptable perdu sous un amas de factures et de tickets restaurant, qui ne fait qu’encoder au fil des jours, est de l’histoire ancienne. Le nouveau comptable est arrivé avec son armée d’assistants intelligents. Reste aux fiduciaires et autres professionnels du métier à s’adapter au risque de disparaître.