Alors que le secteur du chauffage et du refroidissement représente environ 50 % de la consommation totale d'énergie en Belgique, la transition énergétique dans ce secteur semble trop souvent occultée par le secteur de l’électricité, occupant le devant de la scène. L’atteinte de nos objectifs climatiques passera donc aussi par une décarbonation prioritaire de la chaleur.

L’absence de cadre réglementaire et le manque d’incitants peuvent expliquer la lenteur des progrès réalisés en la matière dans la majorité des pays européens (à l’exception de la Suède et du Danemark). La Belgique est même parmi les plus mauvais élèves de la classe au niveau européen (avec 8,3 % de chaleur de sources renouvelables). Consciente de cette faiblesse, la Wallonie a décidé de se doter d’un premier décret dans ce domaine, tout en lançant les prémisses d’une stratégie chaleur régionale.

Un réel potentiel de chaleur verte avec un objectif wallon de 24,7 %

A l’invitation d’Edora, la fédération des énergies renouvelables, et du Cluster Tweed, une dizaine d’intervenants ont présenté le potentiel considérable de la chaleur verte et des réseaux de chaleur en Wallonie. Une intervention survenue lors d’un webinaire  organisé le 26 novembre dernier et rassemblant 200 participants. Il en ressort que la chaleur « fatale » (rejetée par les incinérateurs, usines et data centers), la biomasse locale et la géothermie pourraient contribuer substantiellement à l’objectif wallon d’atteindre 24,7 % de chaleur issue de sources renouvelables d’ici 2030. Un objectif en passe d’être revu à la hausse dans le cadre de la révision du Plan Air Climat Energie wallon pour 2030 afin de respecter les nouveaux engagements climatiques de la Région. Pour mobiliser ces ressources énergétiques locales, qui requièrent des investissements de départ généralement plus importants que leurs concurrentes fossiles, il serait, dans bien des cas, plus efficace de recourir aux réseaux de chaleur.

Ces réseaux, qui transportent et distribuent l’énergie thermique sous forme d’eau chaude, permettent de répartir ces investissements sur un nombre important d’utilisateurs résidentiels et/ou tertiaires. La modularité, c’est-à-dire la possibilité d’étendre le réseau, en complétant si nécessaire les sources de chaleur connectées en fonction de l’évolution des besoins en chaleur à satisfaire, est l’autre grand avantage de cette technologie, qui rend l’implantation de réseaux de chaleur compatible avec la stratégie de rénovation par quartiers. La flexibilité des réseaux de chaleur permet de les alimenter au départ de sources de chaleur pouvant évoluer dans le temps (au fil des saisons ou en fonction de l’évolution des ressources disponibles localement).

Les possibilités d’implantation de réseaux de chaleur sont donc multiples et pertinentes aussi bien en zone rurale qu’en milieu urbain, à condition de pouvoir compter sur un minimum de densité des besoins en chaleur à satisfaire. Qui plus est, bien que les investissements de départ soient certes supérieurs aux options fossiles traditionnelles, la rentabilité à moyen et long termes est au rendez-vous. Les frais de fonctionnement des sources de chaleur verte sont plus compétitifs et stables dans le temps que les coûts des combustibles fossiles.

La Wallonie pose un premier jalon

En se dotant d’un premier décret relatif aux réseaux d’énergie thermique, la Wallonie a fait un premier pas dans la bonne direction. Reste au gouvernement wallon à confirmer sa volonté d’affranchir la Région des systèmes de chauffage recourant aux combustibles fossiles, en annonçant un calendrier de sortie en la matière, tenant compte aussi bien des options disponibles pour le chauffage de bâtiments isolés (pompes à chaleur, chaudières biomasse, …) que des perspectives de déploiement de réseaux d’énergie thermique.

Des opportunités d’investissement

Au cours de la dernière décennie, les investisseurs sont devenus un moteur essentiel de la décarbonation de la production d'électricité. Un tel engouement existe-t-il aussi pour la chaleur ?

Leur développement demande certes l’adhésion de multiples intervenants, plus faciles à fédérer dans un cadre légal clair. Mais ce n’est pas tout. L’introduction progressive et budgétairement neutre d’une juste tarification du carbone émis par la combustion des énergies fossiles, l’évaluation de nos besoins futurs en chaleur ou encore l’adoption de normes d’intégration des énergies renouvelables dans les bâtiments sont autant de leviers du ressort des pouvoirs publics, qui pourraient stimuler la décarbonation du secteur de la chaleur.

Les responsables communaux, les bureaux d’études, les porteurs de projets, les GRD et le milieu académique, présents en nombre et avec assiduité tout au long de cette journée d’étude, semblent en tout cas prêts à relever le défi.