Elle était attendue cette sortie. L'espace d'une conférence de presse à rallonge, Beyrouth la sublime est devenue le centre du monde. Preuve en est, Carlos Ghosn avait, sous les conseils avisés d'une boite de communication jamais avare lorsqu'il s'agit de redorer le blason d'une personne influente à la dérive, déterminé l'heure de sa prise de parole pour que les Américains lève-tôt et les Japonais couche-tard puissent la regarder.

Et si, en substance, rien d'exceptionnel n'en est ressorti - "c'est pas moi, le système carcéral japonais est dur, j'aime le Japon, j'aime ma femme encore plus, une caisse pour passer les contrôles de police c'est pas confortable mais c'est mieux qu'une cellule à Tokyo", force est de constater que l'homme d'affaires a réussi son opération de com.

Sautant d'une langue à l'autre, enchaînant les réponses en anglais, portugais, arabe, français - et se permettant de rétorquer à un journaliste nippon que si la question ne lui était pas posée en anglais, il n'y répondrait pas (coucou la pointe d'amertume, fallait pas lui refuser d'interprète à Carlos, quand il voulait parler à sa femme), l'homme a géré de bout en bout sa sortie.

Il n'avait pas le droit à l'erreur.

Et pour éviter la bourde, il a opté pour une solution assez simple : "Je ne vous dirai pas comment j'ai quitté le Japon". Problème réglé. D’autant plus qu'il s'est montré ouvert à se présenter à la justice (visiblement d'où qu'elle vienne) à condition qu'il ait droit à un procès "équitable".

Pas folle la guêpe, d'après les analystes, le nouveau chômeur devrait être assez tranquille au pays des cèdres. Il n'en reste pas moins que, et oui, je me répète, Carlos Ghosn a géré la situation.

D'un homme auquel on prêtait des fortunes non déclarées, il est passé pour une victime (qu'il est peut-être) que les autorités japonaises, Nissan et d'autres méchants ont voulu détruire. Il s'est même permis quelques petites blagues, paraissant détendu. "Ça c'est une question à l'italienne", a-t-il lancé à une journaliste de La Republicca qui voulait le piéger en revenant sur le "mais en vrai, comment vous avez fait pour quitter le Japon, sérieusement ?".

Après deux heures de speech et de questions, délivrance, Carole et Carlos ont pu se prendre dans les bras. Mais là où l'amour gagne toujours, il faut surtout retenir une question importante: ne faut-il pas voir dans cet agenda millimétré le fait que Carlos Ghosn, 65 ans, soit inquiet comme des millions de Français pour sa retraite? À suivre.