En Europe, la concentration de dioxyde d’azote (NO2) a chuté de 40 à 50 % en mars 2020. Rien qu’ en France, le Haut Conseil pour le climat constate une baisse de 30 % des rejets d’émissions de CO2 depuis mi-mars. Ces baisses sont enregistrées partout où il y a confinement.

Une Chronique signée par Michel Helbig de Balzac, vice président d’Edora, la fédérations des énergies renouvelables

Le Covid-19 apparaît comme un "wake up" call pour la crise climatique dont la liste des conséquences sanitaires semble inéluctable, longue, effrayante et sans doute irréversible. L’OMS estime que la pollution de l’air consécutive à la production de particules fines et de la dioxyde d’azote, deux tueurs de masse, cause chaque année 1,1 millions de morts en Chine, et 48.000 en France, à comparer avec les 4.643 morts du Covid-19 avoués en Chine et les 24 760 atteints en France au samedi 2 mai.

Des nombreux lobbys tentent de retarder l’adoption de règles européennes sur les émissions de CO2, certains Etats membres y sont même particulièrement opposés comme la Pologne et la République tchèque. Les mesures de confinement prises dans de nombreux pays pour contrôler le Covid-19 ont certes donné un répit aux pollutions diverses mais il est à craindre que celles-ci ne se reproduisent comme avant au même rythme que la reprise économique déjà visible en Chine. Pourtant on peut espérer que notre société n’acceptera plus ce nombre vertigineux de morts qu’elles suscitent et qu’elle se posera définitivement la question de quel monde nous voulons bâtir après cette crise pandémique.

A côté de l’économie circulaire et durable qui amène la définition des priorités en fonction de nos vrais besoins, un courant fort prône le retour à Keynes à travers une politique d’investissements plutôt que de relance des dépenses courantes.

Profitons-en pour remplacer nos infrastructures anciennes et polluantes par des infrastructures modernes, par exemple transformons nos ports en de véritables infrastructures conjuguant renouvelable et digital, le tout articulé à des réseaux intelligents de manière à réduire les émissions du transport maritime. Ces investissements auront pour effet d’augmenter le PIB et l’emploi, nous empruntons à Jacques Attali une voie consacrée à une toute autre économie plutôt que de s’engouffrer dans la décroissance.

Dans ce contexte, le Green new deal, le pacte vert pour l’Europe, répond parfaitement à une stratégie de croissance basée sur un solide réseau d’énergies renouvelables, car il répond à ce dont les technologies des énergies renouvelables ont besoin : un meilleur accès aux investissements, la conformité des marchés publics à l’accord de Paris et des règlementations gouvernementales favorables.

Pourquoi ne pas avoir l’ambition de créer le nouveau marché industriel du siècle, comme le fut l’électricité au début du 20ème siècle, car il doit être aujourd’hui plus rentable de protéger l’environnement que de le détruire.

Puissions-nous convaincre notre futur gouvernement fédéral de la nécessité de développer une vision à long terme, qui ne serait pas que la somme de plans régionaux, mais qui s’articulerait autour de ce Green Deal en agissant sur l’ensemble des acteurs déjà présents. Une politique engagée signifierait un signal fort pour nos investissements dans un mix énergétique renouvelable.

Faut-il encore continuer à subsidier les couts du transport ?

Quand le prix du baril de pétrole baisse à 50 $, et, pire, aujourd’hui à moins de 20 $, les investissements dans les énergies renouvelables ne sont plus compétitifs. Or en 2019 plusieurs filières, et notamment l’éolien off-shore, étaient devenues rentables sans plus bénéficier de subsides.

Aujourd’hui de nombreux projets en énergies renouvelables pourraient connaître un arrêt brusque face à la concurrence (déloyale) des énergies fossiles.

Les Etats ont depuis longtemps subsidié le transport de diverses façons: subsides directs aux infrastructures, tolérance excessive vis-à-vis de carburants toxiques dans les transports maritimes par exemple, détaxation du carburant pour les avions, etc,...

Des cochons élevés en Belgique et consommés en Belgique font parfois des milliers de kilomètres en camion sur des routes encombrées pour des optimisations fiscales ou d’appellation, "grâce" à la faiblesse des couts du transport.

Ne faudrait-il pas profiter de cette baisse des prix du pétrole pour introduire une taxe sur ses émissions de CO2 ou pour augmenter la fiscalité des carburants ?

Déjà en 2017, une étude de la Commission européenne recommandait de taxer le kérosène des avions à hauteur de 0,33 €/litre. Etendue à l’aviation civile, cette taxe pourrait amener une réduction en Europe de 10 % de ses émissions de CO2, la répercussion de la hausse du prix du carburant sur les billets devant entraîner une réduction des vols.

Mais cette recommandation doit encore être implémentée.

Une augmentation des taxes devrait servir à financer des politiques de transition énergétique, et en particulier celles que propose le Green new deal. Ces taxes pourraient diminuer en cas de hausse du prix du pétrole (être pondérées suivant les fluctuations des prix ?).

Le Conseil européen des 12 et 13 décembre 2019 a décidé de poursuivre le projet de taxation, avec une option de retrait pour la Pologne . Ils ont déjà pris la décision. Maintenant ils doivent concrétiser rapidement, s’engager hardiment.

On le voit, les gouvernements auront à prendre des décisions difficilement acceptables au milieu de l’actuelle crise économique aigüe, mais ce serait leur contribution à un nouveau monde plus respectueux de la durabilité.