La procédure d’ « impeachment » aux Etats--Unis est unique en son genre. Il s’agit en effet d’une décision politique qui s’inscrit dans un scénario quasi judiciaire. 

On peut douter de la sagesse des pères fondateurs de prévoir un mécanisme constitutionnel permettant de démissionner le Président des Etats-Unis. Il s’agit cependant d’une grande sagesse.

– Chronique signée Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New York

A partir du moment où la Maison Blanche dispose, comme nous l’avons vu ces dernières années, d’un pouvoir considérable, il est indispensable que l’abus de ce pouvoir soit sanctionné.

C’est précisément sur ce thème que la procédure lancée par les Démocrates s’impose. Un chantage à la livraison d’armes d’un pays allié confronté à la Russie pour salir la réputation d’un concurrent électoral est un abus de pouvoir. Les « bonnes pages » du livre de John Bolton, ancien « national security advisor » de Donald Trump, viennent de weekend de confirmer la véracité des accusations.

Les Républicains cherchent à prétendre l’inverse avec une parfaite mauvaise foi : ils ont peur de voir « leur tète plantée dans une pique » par Donald Trump et le Parti. Mais, une fois de plus, il a trahi les intérêts des Etats-Unis pour favoriser la Russie et son propre intérêt. J’ose à peine prononcer le mot de trahison.

Le débat moral et l’efficacité politique

Nous sommes souvent confrontés à des décisions difficiles. Le monde moderne a tendance à juger les actions à leur efficacité politique. Aucun des gouvernements concernés n’ose avouer que nous sommes face à une crise de la dette mondiale d’une ampleur catastrophique, parce qu’ils craignent de ne pas être élus. « Le témoin a dit la vérité : il doit être exécuté » chantait déjà Serge Reggiani.

Il en va de même du Parti Démocrate, qui a tenté d’éviter, à chacune des turpitudes de la Maison Blanche, d’entamer une procédure d’impeachment. La gravité de l’abus de pouvoir dépasse les limites de l’acceptable sur le plan politique et moral. Donald Trump utilise la politique internationale pour détruire un opposant.

Il y a peu des responsables politiques ou de partis qui sont prêts à se saborder pour ne pas entrer dans le déni ou le mensonge. Les Démocrates ont pris le risque, sur un point précis et indiscutable, de faire prévaloir l’éthique sociale et politique au risque de voir la population se retourner contre eux. "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" disait le Cid de Corneille. Ils méritent le respect pour ce choix à l’issue et à l’impact électoral incertains.

Les entreprises et l’impératif moral

Il serait facile de se contenter de viser les seuls hommes et femmes politiques comme s’ils étaient les seuls à se trouver confrontés à ces questions. Le soutien que les entreprises américaines continuent à donner à la politique protectionniste de Donald Trump s’accompagne de nombreux avantages fiscaux qu’ils ont pu engranger au détriment du déficit budgétaire qui excède 1.000 milliards de dollars.

En aout 2019, la Business Round table a improvisé une déclaration qui a surpris. Les dirigeants de grandes entreprises ont affirmé que la promotion de la valeur pour les actionnaires n’était pas suffisante et que les clients et les employés devaient être pris en compte. C’est avec une pointe d’humour très anglaise qu’ Andrew Edgecliffe-Johnson dans le Financial Times a précisé que les chefs d’entreprise avaient « découvert à Davos la valeur de leurs travailleurs ».

Certains développements récents permettent cependant d’attendre. Les défis restent difficiles à relever comme le montre ces exemples récents :

  • L’attitude ambiguë du monde des entreprises face aux risques climatiques

  • L’écart croissant des revenus entre les dirigeants et leurs employés

  • Les problèmes de gouvernance qui ont affecté Renault, Facebook, Uber, Wells Fargo et bien d’autres (harassements)

J’attends des actions concrètes, a commencer par la baisse des rémunérations obscènes des dirigeants. J’ignore combien de fois, dans les conseils d’administration, la question éthique des initiatives est posée. La démarche des Démocrates est salutaire. Les abus de pouvoir seront de plus en plus scrutés et défiés par des tendances mal organisées mais qui réclameront justice et démocratie. C’est un progrès.