"Cet avion est conçu par des bouffons, qui, en retour, sont supervisés par des singes", écrivait un salarié de Boeing à un collègue. Pas de chance pour les deux compères, les messages ont été exhumés et rendus publics par le Congrès des Etats-Unis, qui enquête toujours sur l'appareil maudit de Boeing. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, comme lorsqu'un autre employé lâchait un simple "non" lorsqu'un copain de la machine à café lui demandait s'il laisserait sa famille monter dans un simulateur du 737 MAX.

Voilà où nous en sommes. L'année 2020 commence donc avec des messages d'insultes et de moquerie, envoyés en interne dans la plus grosse boîte fabriquant des avions au monde. On "applaudit" ce cynisme absolu; sans mauvais jeux de mots, ça ne vole pas bien haut.

Mais là, il y a des soucis beaucoup plus importants. On peut notamment parler de la collusion entre Boeing et un régulateur américain, plutôt du genre à fermer les yeux et à se dire "pourvu qu'on ne me tombe pas dessus". Sauf que cette fois, c'est tombé sur eux et ils n'avaient pas fait leur seul devoir: contrôler et assurer la sécurité des utilisateurs. Les conséquences, on les connait, ont été dramatiques.

Il y a aussi ce problème systémique, qui fait que l'argent, le nerf de la guerre, coule dans le secteur privé, comme chez Boeing, de la même manière que lors d'une soirée entre traders. Dans le public, comme à la FAA, c'est un peu plus limité: on peut bafouiller avec la sécurité, mais les deniers, c'est une autre affaire. Pas de surprise donc, le jeune diplômé s'empresse de signer là où le salaire est le plus élevé (si vous avez bien suivi, chez Boeing) et bosse. Tellement dur qu'il crée des système que la FAA... n'a plus les compétences nécessaires pour faire son travail: vérifier. Ce qui explique d'ailleurs le fait Boeing ait les mains libres pour développer et contrôler lui même ses innovations. Comme le MCAS.

Il y a également le fait que l'avionneur le plus légendaire ne soit pas capable d'annoncer une date de retour pour un appareil qui, rappelons-le, a été lancé de manière un peu hâtive pour ne pas se laisser dominer par Airbus. Au sol depuis les interdictions tombées comme des dominos dans la foulée du second accident, c'est le flou total quant à la question que tout le monde se pose, y compris chez Boeing : "Quand est-ce que cette avion de malheur volera à nouveau ?"

Enfin, et surtout, il y a derrière ces messages l'oubli total des 346 personnes qui ont perdu la vie, certaines en octobre 2018, dans la mer de Java, d'autre en mars 2019, à quelques encablures de la capitale éthiopienne. Et de leurs familles. Que pensent-ils des messages grossiers envoyés par des employés visiblement peu scrupuleux ? Pas que du bien, certainement. On peut même penser qu'ils estiment que cet avion a été construit par des "bouffons" supervisés par des "singes"...