Libre Eco week-end

L’intérêt public pour les monnaies virtuelles croît avec le cours de la plus célèbre d’entre elles, le bitcoin. Les experts traditionnels nous expliquent la nature de la menace, les dangers d’une bulle et l’esprit court-termiste des investisseurs en monnaies virtuelles. Le bitcoin monte parce qu’Elon Musk a fait ceci, parce que Twitter a fait cela. Année après année, les arguments sont les mêmes. Année après année, nous commettons la même erreur : demander au cocher ce qu’il pense de cette nouvelle invention, la locomotive. Malheureusement, les bénéfices sous-jacents du bitcoin ne sont jamais abordés, les raisons fondamentales pour lesquelles de plus en plus d’entreprises décident d’en acheter ne sont pas expliquées.

Comme un placement

Une erreur fondamentale souvent commise est de comparer le bitcoin à l’euro ou au dollar comme un moyen de paiement. Le bitcoin n’a pas (ou plus) vocation à être un moyen de paiement pour le monde, remplaçant le système monétaire traditionnel. Comparer le bitcoin à l’euro à l’aune des prérequis d’un moyen de paiement relève de la malhonnêteté intellectuelle, ou au moins d’un manque flagrant d’expertise du sujet. Le bitcoin est une valeur refuge, un actif financier. S’il doit absolument être comparé à l’euro, il doit donc l’être comme un placement. Quels sont donc les avantages du bitcoin comparé à différents placements possibles : or, cash, actions, obligations ?

Comparé au cash, le bitcoin permet premièrement de s’affranchir de notre confiance en des tiers comme l’État. Si nous décidons de stocker de la valeur en euro, notre pouvoir d’achat diminue tous les ans, avec l’inflation. Nous plaçons notre confiance en l’État pour une gestion responsable de la masse monétaire, qui permet de garder cette inflation sous contrôle. Le pari semble plus ou moins sensé en Europe. Il l’est déjà beaucoup moins aux États-Unis. Avec le passage du nouveau stimulus prévu par l’administration Biden, 30 % de la masse de dollars en circulation aura été imprimée dans les 12 derniers mois. Que dire de ce pari en Turquie (15 % d’inflation par an) ? Au Vénézuela ? L’offre de bitcoin est fixe, programmée, inchangeable. On ne peut clairement pas en dire autant du cash, ni de l’or, ni des actions, ni des obligations.

Stockage et transport presque gratuits

Parlons ensuite du stockage et du transport. Le bitcoin permet de retrouver un contrôle complet sur ses propres capitaux. Les images de files devant les banques grecques, limitant les retraits quotidiens à 60 euros/jour, coupant les Grecs de leurs économies, devraient être encore fraîches dans nos mémoires. Nous parlons ici d’un État européen, d’une restriction introduite en 2015 et qui a duré 3 ans. Rien ni personne ne peut vous empêcher d’avoir accès à vos bitcoin, si tant est que vous les stockiez vous-même. Le bitcoin permet de stocker des milliards d’euros de manière 100 % numérique, sans contrainte d’espace, gratuitement. Sans passer par un intermédiaire, ces mêmes milliards peuvent être envoyés d’un bout à l’autre de la planète, pour quelques euros de frais, 24 heures/24 et 7 jours/7, en une heure ou moins. Quel autre actif permet un contrôle total, un stockage et des transferts presque gratuits et sans limite, mondialement ?

Complètement sécurisé depuis 13 ans

La sécurité maintenant. Quand vous lisez un article sur un piratage impliquant des cryptos, vous ne lisez pas un article sur la sécurité du bitcoin mais bien sûr la sécurité de certaines infrastructures non indispensables. Des banques sont braquées, cela ne remet pas en cause votre confiance en l’euro. Il en va de même pour le bitcoin. Depuis sa création en 2008, le protocole bitcoin n’a jamais été piraté. Sa décentralisation complète est sa meilleure protection. Sa sécurité n’a jamais été remise en cause. De nombreux courtiers donnant accès à des bitcoins ne peuvent pas en dire autant, ce sont les articles que vous lisez régulièrement. Le bitcoin lui-même est cependant complètement sécurisé et a 13 ans d’existence pour en témoigner.

Enfin, le bitcoin est divisible pratiquement à l’infini, permettant un accès au plus grand nombre. Bien sûr, d’un prisme belge, cela peut paraître trivial. À l’échelle mondiale, par contre, quelle est la part de la population qui a accès à l’investissement ? Qui a accès à une banque ? Qui peut payer les frais d’un courtier ? Qui peut se permettre d’acheter une action ou une obligation entière ? Le bitcoin dans son expression la plus simple ne nécessite rien de tout ça. Pour se faciliter la vie, il est possible de passer par des prestataires de services pour acquérir des bitcoins, mais ce n’est pas nécessaire. Quel autre actif peut en dire autant ?

Défis et risques

Malgré ces avantages, le bitcoin n’est pas la panacée absolue. De nombreux défis et risques sont encore bien présents : consommation énergétique sur la création des bitcoin, facilité d’accès et d’utilisation du réseau, protection des investisseurs… Ces défis sont réels et doivent être adressés pour permettre une pleine adoption de cet actif. De nombreuses solutions sont d’ailleurs en développement. Chacun des avantages exposés ci-dessus peut être pris séparément et comparé à un actif spécifique ayant peut-être certains des mêmes attraits. Montrez-moi, par contre, un actif inviolable, divisible à l’infini, stockable et transférable instantanément et presque gratuitement, à l’offre fixe et sur lequel vous avez le plein contrôle sans passer par un tiers et je serai ravi de reconsidérer le caractère unique du bitcoin.

Les forces et attraits du bitcoin sont indéniables et les experts traditionnels se bornant à voir dans celui-ci une bulle spéculative sans valeur intrinsèque voient les arbres mais ratent la forêt. Les cochers trouvaient les premières locomotives trop lentes et trop polluantes. On sait tous où se trouvait alors l’avenir de la mobilité.