Il ressort du consensus actuel que le bitcoin ne peut être considéré comme un moyen de paiement étant donné la volatilité de son cours. Mais la création de produits financiers basés sur la cryptomonnaie est un signe qu’une partie de la communauté financière voit plutôt le bitcoin comme un produit d’investissement.

– Chronique signée Christophe Desagre, Doctorant à l’UCLouvain

Cela fait plus de 10 ans que le premier bitcoin a été échangé pour une valeur de quelques centimes. Et bien que sa valeur avoisine les 10 000 dollars (soit approximativement 9 000 euros) au moment d’écrire ces lignes, celle-ci a frôlé les 20 000 dollars en décembre 2017.

Le bitcoin est ce qu’on appelle une cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie digitale/électronique dont le fonctionnement repose sur la technologie de la blockchain. Lorsqu’une transaction est effectuée, celle-ci est ajoutée dans un registre décentralisé et virtuel, accessible à tous et à tout moment. Pour pouvoir être ajoutée à ce registre, la transaction doit être validée par un tiers. Le processus de vérification des transactions se base sur des techniques cryptographiques réalisées par des serveurs informatiques.

Il n’y a dès lors plus d’autorité centrale qui assure un rôle de supervision. Cette dématérialisation des moyens de paiement est en lien direct avec l’utilisation décroissante de monnaie papier et le processus de digitalisation des banques traditionnelles et des services financiers de manière générale.

En plus des plateformes spécifiquement dédiées à l’achat/vente de cryptomonnaies, certaines places boursières “traditionnelles” ont proposé des produits financiers dits complexes, dont la valeur se calque sur l’évolution du prix du bitcoin. En mai 2015, la branche suédoise du Nasdaq a ainsi créé un tracker (un fonds indiciel répliquant l’évolution du cours du bitcoin) alors qu’en décembre 2017 deux bourses américaines, le Chicago Board Options Exchange (CBOE) et le Chicago Mercantile Exchange (CME), ont chacune créé un contrat à terme adossé au cours du bitcoin.

En mars dernier, le CBOE faisait toutefois marche arrière en annonçant son intention d’interrompre la cotation de ce contrat à terme. Ce dernier instrument permet de réaliser des stratégies de trading plus sophistiquées et notamment de parier sur une baisse de prix du bitcoin. L’introduction de ce contrat à terme en décembre 2017 coïncide d’ailleurs avec la date à laquelle le bitcoin a atteint son prix le plus haut.

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Un produit d’investissement

La création même de ces produits financiers est un signe qu’une partie de la communauté financière voit plutôt le bitcoin comme un produit d’investissement alors que sa vocation première était de révolutionner les systèmes de paiement traditionnels, qui sont sous la tutelle des banques centrales et des institutions financières, permettant de s’affranchir du rôle de ces dernières.

Il ressort du consensus actuel que le bitcoin ne peut être considéré comme un moyen de paiement étant donné la volatilité de son cours, notamment en comparaison avec des monnaies de réserve traditionnelles telles que l’euro ou le dollar, mais aussi son faible taux de pénétration en tant que moyen de paiement.

Il est encore tôt pour parler d’une réelle révolution. Cependant, cette innovation a le mérite d’exister depuis plus de 10 ans et d’attirer l’intérêt des régulateurs, des professionnels, et des académiques. Nos projets de recherche à l’UCLouvain, en collaboration avec les professeurs Mikael Petitjean (IESEG/UCLouvain), Paolo Mazza (IESEG), et Ian Marsh (City University of London), ont pour ambition d’étudier les mouvements de prix "extrêmes" durant lesquels le bitcoin peut perdre jusqu’à 15 % de sa valeur en quelques heures, mais aussi les dynamiques intra-journalières de prix, de liquidité, et de volumes échangés, ainsi que la transmission des mouvements de prix à travers les différentes cryptomonnaies et les différentes plateformes où peuvent s’acheter ces cryptomonnaies.

De nombreuses questions restent toutefois en suspens, telles que l’impact énergétique (dû au processus de vérification lié à la blockchain) et donc écologique des cryptomonnaies, le cadre législatif à appliquer aux plateformes d’échange de cryptomonnaies, ou la sécurité liée aux transactions.