À la sortie de la crise du Covid, l’on n’a de cesse de nous répéter que nous sommes à un tournant, mais prenons-nous le virage dans la bonne direction ? Deux enjeux majeurs sont face à nous, le défi climatique et la relance économique, souvent opposés l’un à l’autre lorsque la vision est restreinte par des œillères.

Avec environ 24 %, le secteur du transport représente le deuxième poste d’émission de CO 2 dans le monde dont environ 60 % pour le transport de personnes et 40 % pour le fret. Pour les marchandises, une large part de ces émissions est liée au transport routier, en direct ou de manière multimodale, en s’occupant souvent du pré- et du post-acheminement.

Gestionnaire de transport

Or, quel gestionnaire d’entreprise de transport ne serait pas lui-même transporté s’il apprenait qu’il peut comprimer ses coûts d’exploitation d’environ 30 %, diminuer la tare de son véhicule, c’est-à-dire : augmenter la masse transportable ; accroître le volume disponible ; abaisser le coefficient de traînée de son véhicule ; réduire les retours à vide notamment vers le dépôt en fin de journée ; rouler nuit et jour sans arrêt, sans temps ni de repos ni d’attente ni de week-end, en réduisant la consommation par un meilleur régime moteur et une minimisation des kilomètres parcourus, sans recevoir de PV pour excès de vitesse tout en roulant en moyenne plus vite, en baissant le coût des assurances, en diminuant la congestion dans le trafic, le nombre d’accidents et les coûts de maintenance ainsi qu’en écourtant les délais de livraison… ?

Est-ce du rêve ? Non ! Divers concepts de camion autonome ont été mis au point et possèdent ces avantages. En plus de la technologie, des travaux de recherche ont simulé les gains opérationnels de ces véhicules. Même en tenant compte du personnel de chargement et déchargement et de supervision, les marges dégagées, que ce soit par la réduction des coûts et l’augmentation de la performance opérationnelle, sont telles (des dizaines de pourcent) qu’il ne s’agit plus de faire une comparaison technico-économico-environnementale.

Problème d’image et problème financier

Où est le problème alors ? Il réside dans la résistance au changement face à une situation de risque, de nouveauté et d’apparente perte de contrôle. Il y a un problème d’image et un problème financier : qui va payer en cas d’accident ? Le gestionnaire de l’infrastructure, l’opérateur télécoms, l’exploitant, le client, le chargeur, le fabricant du véhicule ou un de ses fournisseurs de composant, le concepteur de logiciel… ?

Ne faudrait-il pas un peu de courage politique pour dire que c’est l’État (les Régions, en fait) qui devrait supporter le poids des indemnités en cas de dommage pendant la mise en route ? En cas d’incident, il faudra trouver les responsables pour améliorer et empêcher une réplique, mais ces innovateurs ne devraient pas être redevables. D’un côté régulateur, enquêteur et de l’autre assureur, l’État est le seul à pouvoir donner un cadre dynamique, serein et émulateur à tous ces intervenants.

Un bon investissement à risque

Malgré les profits colossaux potentiels, selon leurs dires, aucun transporteur n’est prêt à ce jour à prendre ce risque. Il ne faut pas de la relance, mais se lancer. J’entends déjà "collectivisation des dettes et privatisation des profits." Bien sûr que non, il y a un des gains communs : diminution des accidents, du trafic, des émissions de CO2, des dégradations aux voiries. Et si la sécurité, c’était assumer un risque au lieu de l’éviter ? Le camion autonome est un bon investissement à risque.

Je vous laisse méditer l’implication, la détermination, la motivation des pouvoirs publics illustrées par cet extrait du code de la route, article 59/1, sur les essais avec véhicules automatisés : "Le ministre qui a la Circulation routière dans ses attributions ou son délégué peut, à titre exceptionnel, pour les véhicules de test utilisés dans le cadre d’essais avec véhicules automatisés, aux conditions et pour une durée limitée qu’il détermine, autoriser des dérogations aux dispositions du présent règlement".