Une chronique signée Liza Miller, Présidente de l'association des commerçants de Flagey

Je ne pouvais pas rester les bras ballants à la lecture de ce guide absurde des bonnes pratiques horeca… Cette après-midi notre sort sera décidé lors du CNS… le temps nous est compté et je n’ai donc pas pu faire cosigner ce texte. Nous ne sommes pas des experts scientifiques, nous ne sommes pas de haut spécialistes universitaires, nous ne sommes pas des hommes ou des femmes politiques. 
Nous sommes des hommes et des femmes travaillant assidûment dans le secteur HORECA depuis de nombreuses années, si nous n’avons pas de compétence en matière épidémiologique, nous avons bien une grande expérience de terrain et nous sommes donc à même de juger si des mesures sont ou pas applicables à notre secteur d’activité. Hors certaines mesures reprises dans le guide des bonnes pratiques Horeca vont à l’encontre même du sens et du fonctionnement de nos professions et sont parfois tout simplement inapplicables. Si ces mesures restent en l’état il va de soi que de nombreux établissements resteront fermés encore quelques temps, peut-être même toujours. 
➢ L’heure de fermeture est prévue à minuit… Si cette heure est tolérable pour la restauration elle est une aberration pour les bars. Dans de nombreux quartiers les bars et les restaurants vivent ensembles… (sont interdépendants) les gens vont manger et ensuite boire une petit verre … les gens choisissent des quartiers où il y a de préférence les deux types d’établissement. Si de prime abord on peut imaginer la raison d’une telle mesure, elle risque fort d’être contre-productive étant donné que l’approche de l’heure de fermeture trop précoce pousse plutôt la clientèle à consommer rapidement, ce qui ne laisse alors pas le temps nécessaire à l’assimilation de l’alcool par l’organisme et peut même se révéler dangereux bien au-delà du risque de rapprochement physique. Sans compter qu’il est fort probable que la « fête » se prolonge sur l’espace public ou en privé chez les clients. Qui plus est cette fermeture à minuit empêche dès lors le redémarrage d’un autre secteur essentiel à nos profession et à la sécurité publique et auquel on ne pense pas assez, à savoir celui du transport de personne. 
➢ Vous parlez de nommer au sein de notre équipe un « coordinateur covid » qui devra recevoir la formation nécessaire. De quelle formation parlez-vous ? En avez-vous mis une en place accessible à tous gratuitement? Car, comme dit plus haut, nous ne sommes pas des experts en la matière et ne pouvons dès lors pas prendre en charge et en responsabilité une telle formation ! 
➢ Vous préconisez un affichage clair des consignes à respecter. Ne serait-il pas judicieux de nous transmettre cet affichage afin qu’il ne soit pas sujet à diverses interprétations prêtant à confusion ?
➢ Vous parlez de déterminer des groupes clairs au taches spécifiques au sein de nos équipes, avez-vous conscience que nos équipes seront, de fait, les plus restreintes possible pour faire face au manque de trésorerie et à l’incertitude de rentabilité ? 
➢ Avez-vous la moindre idée des budgets colossaux que la mise en place de toutes ces mesures de protection vont représenter pour nous ? 
➢ Vous préconisez qu’il n’y ait pas de partage du matériel de travail au sein de l’équipe mais qu’en est-il de la caisse, du téléphone, du terminal de payement, des poignées de robinetterie, des chasses de wc… 
➢ Vous préconisez de ne pas accepter des clients ayant des problèmes de santé laissant pensé au Covid, avez-vous une liste précise de tous les symptômes visibles de la maladie ? Devons-nous procéder à un examen médical ? Avez-vous prévu une formation médicale à cet effet ? 
➢ Si des symptômes surviennent pendant le séjour, un médecin sera immédiatement appelé. S’agit-il d’un copier-coller du secteur de l’hôtellerie ? 
➢ Prévoir un entretient d’accueil des clients est encore une fois une mesure inapplicable pour les petits établissements qui miseront sur les équipes restreintes pour essayer de survivre dans ces conditions.(idem pour un membre du personnel assigné exclusivement à la désinfection du mobilier) Si les mesures sont clairement affichées ne peut on pas partager la responsabilisation avec nos clients ? 
➢ Est-il légitime de nous obliger à consigner l’identité de nos clients ? L’identité des clients est-elle consignée à chaque passage dans une administration, dans un supermarché, dans un centre commercial, dans un transport public ? Alors pourquoi chez nous ? 
➢ Vous n’autorisez pas la consommation debout, ce qui condamne ainsi tout établissement ayant des tables debout. Qu’est-ce qui justifie une telle mesure si dans les deux cas, assis ou debout, la distance de 1m50 est respectée ? 
➢ Aucune porte de WC n’est prévue dans aucun établissement pour être verrouillée sans utilisation des mains… doit-on obliger le client à laisser la porte du sanitaire ouverte ? 
➢ L’utilisation des sanitaires n’est pas autorisée aux non clients. Avez-vous prévu le déploiement massif de WC urbains ? Etant donné qu’habituellement c’est l’Horeca qui joue le rôle de WC publics ce serait peut-être judicieux d’y penser ! 
➢ En cuisine les compétences des chefs et des commis sont très différentes, travailler « solo » sur le plat est totalement incompatible avec l’organisation établie depuis toujours. Devons-nous prévoir une formation accélérée des commis de cuisine ? Ou le remplacement des commis par des chefs ? 
➢ « Si l’augmentation de la surface de la terrasse va de pair avec une diminution de l’occupation intérieure, la capacité totale initiale ne peut toutefois pas être dépassée. » Rappelons ici que la capacité d’occupation intérieure d’un établissement est établie selon des règles de sécurité répondant à l’inspection des pompiers. Si nous avons la chance d’avoir une commune sympathique qui met un grand espace extérieur à disposition afin de nous soutenir, est-il normal de considérer que cet espace extérieur, dans lequel nous ferions respecter des règles de distanciation physiques, soit soumis aux mêmes règles de sécurité incendie qu’un espace intérieur ? 
➢ « En ce qui concerne l’occupation des tables, la règle de la bulle sociale telle que définie par les autorités doit être respectée. » Doit-on envisager la formation d’agents d’inspection des interactions sociales de nos clients ? Ou avons-nous le droit de leur faire signer une promesse sur l’honneur du bon respect de cette « bulle sociale » afin de nous décharger de toute responsabilité ? 
➢ « S’il n’y a pas de zones de collectes ou de livraisons, la livraison ou la collecte aura lieu à la porte de l’établissement. Les retours, les vidanges etc… seront alors préparées à la porte. » devons-nous envisager le remplacement de notre personnel actuel par du personnel ayant les aptitudes au transport de fûts et bacs de bières ? 
➢ Prévoyez deux jours distincts pour recevoir le linge propre et renvoyer le linge sale. Ne serait-il pas plus économique pour le prestataire de recevoir du linge sale emballé ou contenu dans une caisse fermée et de faire de même pour le linge propre ? 
Et le meilleur pour la fin… interdiction pour les clients de sortir fumer… Quelle belle privation de liberté individuelle. Est-il interdit pour un client de quitter l’établissement et puis de décider d’y retourner ? Doit-on consigner plusieurs fois l’identité d’un client sur une même soirée ? Je n’ai rien à ajouter à cette mesure. La question que nous sommes ici en droit de nous poser à la lecture de ce guide des bonnes pratiques Horeca est la suivante : Les rédacteurs de ce guide ont-ils une connexion réelle avec le secteur que nous habitons ? Allons-nous avoir une garantie que les mesures seront assouplies de semaines en semaines selon l’évolution de la pandémie, où serons-nous encore une fois utilisés à titre d’exemple, montré du doigt comme responsables ?