Une chronique signée Axel Smits, Président de PwC Belgium

Aujourd’hui, on évoque principalement les conséquences négatives de cette crise du coronavirus. Il ne fait aucun doute que le monde sera différent après cette pandémie, qui pourrait bien conduire à la révolution la plus importante depuis l’avènement d’Internet 25 ans plus tôt. Ne fût-ce que parce que nous avons été contraints de relever différemment plusieurs défis de notre société restés tabous jusqu’il y a peu.

  • Mobilité

Nos routes sont congestionnées depuis un certain temps déjà, mais nous sommes toujours bloqués dans d’interminables embouteillages au quotidien. Il était impossible de les éviter, car nous devions tous être là où nous devions être chaque jour. Ce coronavirus va changer cette réalité à jamais. Le quasi-lockdown durera encore au moins quelques mois et nous nous serons entre-temps adaptés. Nous aurons trouvé des moyens de nous réorganiser durablement et de ne plus passer des heures dans les embouteillages tous les jours. Serons-nous tous à nouveau bloqués dans les embouteillages aussi souvent ?

  • Flexibilité

Jusqu’il y a peu, le télétravail était l’exception plutôt que la règle. Bon nombre de travailleurs cherchaient une certaine flexibilité pour rendre leur journée un peu plus commode. Tout au plus étaient-ils autorisés à travailler à la maison de temps à autre. La rapidité avec laquelle les entreprises et les grands groupes de travailleurs se sont adaptés est sans conteste impressionnante et montre que les choses peuvent se faire différemment. Certes, cela semble encore étrange et quelques difficultés de démarrage subsistent. Mais nous nous adaptons et nous nous améliorerons. Même les employeurs les plus sceptiques adopteront la nouvelle flexibilité et attireront plus facilement les travailleurs qui habitent loin de l’entreprise. D’autre part, le télétravail ne s’effectuera pas toujours à domicile.

  • Environnement

Il est déjà clairement établi que COVID-19 a un effet bénéfique sur l’environnement. On peut ainsi constater une diminution très rapide de la pollution à Wuhan, mais aussi plus près de chez nous. Or, cet effet sera particulièrement éphémère si nous n’en tirons pas tous des leçons évidentes. L’eau à Venise est de nouveau d’un bleu limpide et la nature renaît. Cette image montre clairement à quel point notre économie est préjudiciable à notre planète, mais prouve en même temps qu’il n’est pas encore trop tard pour renverser la vapeur. La nature se fait aujourd’hui notre reflet et nous offre une occasion unique d’enfin prendre les mesures qui s’imposent. À nous de saisir cette occasion de manière réaliste, car il s’agit peut-être de la dernière chance qui nous est donnée.

  • Sécurité

Nous fermons nos portes, nous installons des systèmes d’alarme, nous ne nous sentons pas en sécurité en rue. Par ailleurs, au cours des dernières décennies, ce risque s’est déplacé fortement du monde analogique vers le monde numérique, lequel est largement resté sous-exposé. Les gens ouvrent des fenêtres en ligne comme s’il s’agissait d’un environnement exempt de risques, alors que le risque de cybercriminalité est au moins aussi élevé. Et il en va de même pour notre santé. L’épidémie de COVID-19 nous a appris qu’il existe des dangers très différents et qu’il convient d’adapter notre comportement en conséquence. Tout comme nous nous sommes habitués à certaines règles de sécurité dans le monde hors ligne et en ligne, nous devrons également apprendre à vivre avec des règles de sécurité qui affectent notre santé, surtout si nous voulons conserver la possibilité de voyager souvent et loin.

  • Mondialisation

Notre économie mondialisée présente de nombreux avantages. Toutefois, cette crise a clairement montré qu’une dépendance trop forte à l’égard des pays étrangers en termes d’obtention de produits de base comporte des risques. Il y a donc de fortes chances que nous nous concentrions à nouveau davantage sur les initiatives à petite échelle. Le monde redeviendra un peu plus petit, Internet mis à part. Le passage du commerce physique au commerce virtuel s’intensifiera considérablement dans les semaines et les mois à venir, et il est peu probable que cette tendance s’inverse. Il est dès lors essentiel que nous rendions également ce monde virtuel suffisamment stable et sûr, afin que nous puissions continuer à compter suffisamment sur lui dans des moments comme celui-ci.

Ce ne sont bien sûr que quelques exemples. Mais la question se pose de savoir si, après la disparition de la pandémie, nous allons vraiment changer nos comportements ou si, au contraire, nous retomberons vite dans nos vieilles habitudes. En tout état de cause, ce virus particulièrement laid nous aura donné une occasion particulièrement belle de faire les choses différemment.