En mars dernier, j’écrivais une chronique intitulée Résister avec l’appui du digital1, dont l’objectif était de souligner le rôle du numérique et ses bienfaits dans la lutte contre la pandémie. Neuf mois plus tard, avec un peu de recul, il est possible de renverser la question : quelles conséquences la Covid-19 a-t-elle eu sur le développement du numérique chez nous ? Bref tour d’horizon des réponses à cette question.

Offre numérisée

On le sait, la crise sanitaire a engendré une crise économique majeure à travers le monde. Avec les confinements successifs, des pans entiers de l’économie ont été mis au ralenti ou à l’arrêt. Dans plusieurs secteurs toutefois, le recours à la vente en ligne et l’accès aux services par des canaux numériques, ont permis de maintenir l’activité. La plupart des entreprises ont été forcées d’adapter leur modèle de commercialisation et de relation client, et pour une minorité d’entre elles, la crise s’est révélée source d’opportunités et synonyme de croissance. Une récente étude du cabinet de conseil McKinsey montre qu’en Europe, la part des services et des produits partiellement ou totalement numérisés est passée, en un an, de 34 à 50%. Ce qui représenterait un gain de 7 ans par rapport à ce qu’était l’évolution attendue de l’intégration du numérique à ce niveau avant la crise.

Télétravail

Ces derniers mois, le recours au télétravail a été fortement encouragé, quand il n’était tout simplement pas rendu obligatoire là où c’était possible. Contrairement à certaines idées reçues, la productivité des travailleurs n’en a pas souffert, que du contraire. Le revers de la médaille est toutefois une augmentation du technostress qui est le fruit d’une utilisation excessive de la technologie au vu de la capacité d’adaptation intrinsèque du travailleur. Ce phénomène, préexistant à la crise, fut ici renforcé par deux éléments : l’absence de contact humain avec les collègues qui demeure un facteur primordial d’épanouissement au travail, et la rapidité avec

laquelle le changement est intervenu. Toujours d’après l’étude de McKinsey, le délai moyen de la mise en œuvre du télétravail au début de la crise sanitaire fut de 11 jours. Cela, alors que le délai jugé normal pour l’implémentation d’un programme de télétravail généralisé avant la crise, était de 15 mois en moyenne. Pour tirer profit du télétravail, mieux vaut donc que ce dernier soit bien préparé, volontaire, et qu’il soit limité à quelques jours par semaine.

Cybersécurité

La crise sanitaire a aussi causé une hausse du nombre de cyberattaques et de tentatives d’escroquerie en ligne. Le recours massif et soudain au travail à domicile décrit ci-dessus, a obligé les travailleurs à se connecter via leur abonnement Internet aux systèmes d’entreprise et à utiliser des logiciels collaboratifs pas toujours suffisamment sécurisés. Dès lors que les points d’accès étaient démultipliés et que les réseaux privés –moins bien protégés que les réseaux institutionnels– étaient sollicités, des failles de sécurité sont apparues. Par ailleurs, le lockdown a forcé des personnes moins à l’aise avec la technologie, à recourir pour la première fois à des services en ligne (banque, guichets administratifs, mutualité, e-shops, etc.). Une tranche de la population représentant du coup une cible particulièrement vulnérable pour des personnes malveillantes exploitant la peur et l’incertitude ambiante.

Paiement électronique

Alors que la Belgique était en 2018 l’un des pays d’Europe avec le plus faible taux de pénétration du paiement sans contact (à peine 4% selon le portail de données Statista), la situation a radicalement changé avec l’apparition du coronavirus. Ce taux a plus que doublé pendant les sept premiers mois de la crise et dépasse aujourd’hui la barre des 40%. Les recommandations en matière d’hygiène des mains ont donc eu, pour partie, raison des pièces de monnaie et billets de banque réputés sales. Un pas de plus vers un monde sans cash, qui va forcément de pair avec une traçabilité accrue de nos dépenses quotidiennes. Et, le cas échéant, la capacité pour les opérateurs de paiement électronique d’agréger et de revendre ces données à des fins de marketing ciblé, ou de proposer au consommateur des services d’analyse et de monitoring de ses dépenses personnelles.

Il existe bien entendu d’autres conséquences du coronavirus sur le numérique, mais il est fort à parier que ceux qui viennent d’être mentionnés, contrairement à d’autres, sont voués à ne pas s’estomper une fois que cette crise sera définitivement derrière nous.