Plus les investisseurs sont frileux, plus je suis positif. Cela signifie qu’aujourd’hui est un bon moment pour être optimiste à l'égard des actions mondiales, en particulier européennes et belges.

– Chronique signée Ken Fisher, président et directeur de Fisher Investments Europe.

Warren Buffett, le plus célèbre des investisseurs américains, a un jour déclaré: "Montrez-vous méfiant quand les investisseurs sont avides, et avide quand ils sont méfiants". Cela s’avère à tous les coups. Plus les investisseurs sont frileux, plus je suis positif. Cela signifie également qu’aujourd’hui est un bon moment pour être optimiste à l'égard des actions mondiales, en particulier européennes et belges.

Malgré la progression de 15,1% enregistrée sur les marchés actions jusqu'à la mi-août et plusieurs records tombés en juillet, les investisseurs n'ont guère le cœur à la fête. Selon une enquête menée par Bank of America, les gestionnaires de fonds affichent actuellement le même pessimisme que lors de la crise financière.

Un autre sondage réalisé en août auprès des investisseurs montre que le sentiment vis-à-vis des actions européennes n'a jamais été aussi bas en 20 ans, soit depuis que ce sondage existe. 

À de rares exceptions près, toutes les études conduites auprès des hommes d'affaires, investisseurs et consommateurs britanniques révèlent que le Brexit représente pour eux une source de préoccupations. 

L'enquête sur la confiance des ménages commandée par la Banque nationale de Belgique indique que les attentes conjoncturelles s'effondrent. 

Quant au sondage hebdomadaire de l'Association américaine des investisseurs individuels, il montre que moins d'un quart des petits porteurs estime que les actions progresseront au cours des six prochains mois.

En 2019, les fonds actions américains ont essuyé une décollecte colossale de 104,4 milliards d'euros et ce malgré de belles performances au premier semestre. 

En faisant leurs choux gras des incertitudes politiques, conflits commerciaux, fluctuations du prix du pétrole liées à l'Iran et d'une croissance économique mondiale en berne, les médias accentuent davantage cette spirale baissière.

Pourtant, ces craintes peuvent jouer en faveur des investisseurs. 

Pour quelles raisons? 

Parce que les marchés jaugent les cours à l'aune d'informations connues de tous, telles que les unes des médias, les craintes, les opinions, les perspectives, etc. 

Les droits de douane, la dette italienne, le Brexit, la supposée implosion de l'économie européenne ou la crise politique que traverse Hong Kong sont déjà reflétés dans les cours des bourses avant même que la presse n'en fasse l'écho. Ces incertitudes font en sorte que les attentes soient moins élevées.

La moindre éclaircie par rapport au pire scénario envisagé constitue par conséquent une agréable surprise, avec à la clé une hausse des actions. Prenons la genèse du mouvement haussier mondial en mars 2009. 

Les investisseurs ont d'abord craint une nouvelle Grande Dépression, comme dans les années 1930. La récession que nous avons vécue fut certes soudaine et de grande ampleur, mais sans commune mesure avec cette dernière. 

Les actions ont renoué avec la croissance dès 2009, alors que le PIB mondial se contractait (-1,7%). Les marchés mondiaux ont bondi de 62,2% au cours des 12 premiers mois de la hausse. Après avoir atteint un plancher, l'indice BEL 20 s'est redressé de 76,5%.

En comparaison, les craintes qui hantent aujourd'hui les investisseurs semblent dérisoires, mais elles pèsent tout autant sur les cours. 

Prenons l’exemple des droits de douane. Si l'on combine les droits actuellement en vigueur, ceux affichés en guise de menace et ceux effectivement appliqués en représailles aux quatre coins de la planète depuis 2017, cela représente à peine 0,3% du PIB mondial. 

Insignifiant ! 

Ils constituent probablement de simples leviers temporaires de négociation et de marchandage géopolitique. Le temps passant, les investisseurs prendront conscience de leur quasi-innocuité et de leur aspect éphémère, ce qui devrait ramener le calme sur les marchés. 

Il en va de même pour l’Iran et les craintes pétrolières étant donné les disponibilités mondiales abondantes et l’impossibilité probable de l’Iran d’interrompre cela matériellement. 

Quant à la dette italienne, si elle représentait une réelle menace, les rendements des emprunts d'État italiens ne flirteraient pas avec les plus bas observés actuellement, comme je l'expliquais le mois dernier.

Qu'en est-il des incertitudes entourant l'économie du Vieux continent?  Force est de constater qu'une faible croissance et un secteur manufacturier en difficulté, sont toujours mieux qu'une récession ! L'optimisme est donc de rigueur.

Et le Brexit? À l'heure actuelle, tout autre scénario que l'Apocalypse reflétée dans les cours constitue une bonne nouvelle. 

Cela reste positif.

Les marchés haussiers se terminent de deux façons : une fois qu’on a franchi le "mur des inquiétudes", lorsque l’euphorie rend quasiment impossible toute surprise positive, ou par une claque sur les marchés, autrement dit un choc d’une ampleur telle que des milliers de milliards de dollars de valorisation partent en fumée. Si la crise financière de 2007-2009 constituait un tel choc, presque tous les autres marchés haussiers ont fini dans l'euphorie. 

John Templeton avait raison lorsqu'il écrivait que "les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, grandissent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie." En l'absence de choc, les marchés haussiers se terminent donc lorsque les investisseurs sont en quelque sorte fatigués de s'inquiéter.

Nous en sommes loin. Les actions, en particulier les actions belges et européennes sont loin d’avoir franchi le mur des inquiétudes. Lors d'un véritable pic euphorique, les enquêtes de confiance montrent un optimisme débordant. Les fonds actions voient leurs encours gonfler. Les médias confondent risques et opportunités. Les marchés boursiers continueront de se moquer des couards, jamais des téméraires. Il y a davantage à craindre des opportunités manquées que des pertes potentielles.

L'humeur des marchés n'est évidemment pas un outil d'anticipation. L'euphorie s'apparente davantage à un variateur de lumière qu'à un interrupteur. Pour être en mesure de la reconnaître lorsqu'elle se produira, il vous faudra penser différemment des autres. 

Plutôt que de vous morfondre, assaillis des mêmes craintes, essayez de comprendre ce qu'elles disent de l'humeur des marchés. À l'inverse, lorsque tout le monde se gaussera de détenir des actions, en oubliant les risques associés, pensez à prendre vos bénéfices.

Pour l'heure, c'est le scénario opposé qui prévaut et le moment de mettre les craintes des investisseurs à profit.