Le secteur financier doit diriger l’épargne vers des projets durables. Il s’est montré plus réactif que proactif dans sa démarche sociétale.

– Chronique signée Benjamin Lorent, maître d’enseignement en Finance à la Solvay Brussels School of Economics and Management (ULB) et à l’UMons et consultant en finance

Le traditionnel Salon de l’Auto se tient jusqu’à dimanche au Heysel et, avec lui, viennent ses nombreuses offres pour des crédits auto. Depuis quelques années, une tendance s’installe avec des offres "vertes", c’est-à-dire des crédits pour des voitures dites écologiques. Quel rôle les banques et le secteur financier pourront-ils jouer dans la transition écologique à venir ? Qu’en est-il de la finance verte qui s’inscrit dans une mouvance plus large de la finance dite soutenable ?

Depuis de nombreuses années, une branche de la finance s’est développée sous le nom de finance socialement responsable ou finance soutenable. Elle propose aux épargnants d’investir dans des entreprises ou des projets qui s’engagent à respecter un certain nombre de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance et ainsi à contribuer au bien-être de la population sans entraver les besoins des générations futures. Le secteur financier en tant qu’intermédiaire entre les prêteurs et les emprunteurs a un rôle déterminant au sein de cette mouvance. En effet, le choix des projets financés grâce à l’argent des épargnants a un impact indirect sur le développement soutenable d’une économie. La politique d’investissement du secteur financier peut donc jouer un rôle prépondérant dans la transition écologique à venir. Dans cette optique, les crédits verts permettent, en partie, d’orienter l’épargne vers des projets plus durables.

Marché de niche

À côté des crédits verts, le secteur financier propose aussi à ses épargnants des produits d’investissement socialement responsables. Ceci reste encore un marché de niche, même si désormais les plus gros fonds d’investissement mondiaux comme BlackRock les proposent à leurs clients. La frontière entre investissements "normaux" et "socialement responsables" peut paraître mince, mais une vraie tendance s’installe.

Le secteur financier essaie donc d’adapter son offre de crédits et de produits d’investissement afin de répondre à une demande croissante du public mais aussi à une pression des gouvernements vers une régulation plus verte et sociétale.

En Belgique, Triodos est l’exemple qu’une banque peut s’avérer rentable tout en rencontrant des objectifs sociétaux. La compagnie, malgré un environnement de taux bas et de réduction généralisée des coûts, est parvenue à augmenter son bilan de 7,15 % en 2018.

Soulignons qu’à part Triodos et la future banque NewB, le secteur financier s’est montré jusqu’ici plutôt réactif à une demande du public ou des autorités de régulation que proactif dans sa démarche socialement responsable.

Obligations vertes

Un autre exemple d’une finance plus durable est l’émission d’obligations vertes, c’est-à-dire des emprunts émis par les entreprises via les marchés financiers dont les montants servent à financer des projets environnementaux. Les émissions d’emprunts verts ont explosé passant de 500 millions de dollars en 2008 à 168 milliards de dollars en 2018, et le processus va s’accélérant. Non seulement les montants grimpent mais les critères définissant son caractère vert se professionnalisent. Bien plus que leur simple label vert, ceux-ci sont plus affinés et cherchent à quantifier l’impact des projets financés sur l’environnement.

Les défis climatiques et sociétaux influencent donc non seulement l’offre de produits financiers mais également la gestion interne du secteur financier comme, par exemple, la gestion des risques. Celle-ci est au cœur du business model des banques ou des assureurs. Les risques environnementaux, par exemple, ont obligé les assureurs à modifier leur modèle et sont désormais inclus dans les primes d’assurance. Les changements climatiques et sociétaux en général représentent donc de nouveaux risques mais aussi de nouvelles opportunités. La transition écologique impactera durablement le secteur financier et, inversement, il y jouera un rôle majeur. En particuliers, il porte une vraie responsabilité sociétale afin de diriger l’épargne vers des projets durables pour les générations actuelles et à venir.