Depuis une petite dizaine d’années, le télétravail s’immisce progressivement dans nos vies, aux confins du privé et du professionnel. D’une pratique d’abord ponctuelle puis plus systématique pour certains salariés, travailler de chez soi est devenu un doux rêve pour une partie de la population active qui y trouve une source de concentration et d’efficacité, mais aussi un meilleur équilibre entre vie familiale et professionnelle.  Ainsi, avant la crise du Covid-19, il ressortait de différentes études que plus de 50% des salariés en moyenne voulaient pouvoir travailler de chez eux une ou deux fois par semaine, tout en insistant sur la nécessité de garder un pied au bureau pour maintenir une interaction sociale.

Du côté des entreprises, on connait ces risques et on ne niera sans doute pas une certaine frilosité dans les débuts, avant de voir naître une confiance envers les employés en télétravail et à en voir les avantages. Les employeurs ont donc rapidement bien compris qu’ils avaient intérêt à mettre en place des possibilités de télétravail pour garder leurs collaborateurs et aussi attirer de nouveaux talents.
Le télétravail semblait donc jusqu’ici faire l’unanimité, les deux parties ayant le sentiment qu’un bon équilibre entre le télétravail et le présentiel ne pouvait qu’être bénéfique.

La pandémie comme trouble-fête

Depuis le mois de mars dernier, le télétravail est subitement devenu une norme obligatoire dans ce contexte de crise, s’imposant à tous ceux en mesure de le pratiquer, avec ou sans expérience de la chose, avec ou sans souhait et surtout sans proportion aucune.
Sans conteste, cette pratique a donc aujourd’hui un impact non négligeable sur la santé mentale des salariés si l’on en croit une étude menée pour Oracle et Workplace Intelligence. Cette étude réalisée par Savanta Inc. entre le 16 juillet et le 4 août 2020 porte sur l’impressionnant échantillon de 12 347 personnes aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Emirats Arabes Unis, en France, en Italie, en Allemagne, en Inde, au Japon, en Chine, au Brésil et en Corée.

Le bilan de cette étude est pour le moins contrasté quant à l’approche du télétravail par les salariés du « monde entier ». Il ressort en effet, d’une part et sans ambiguïté, que cette crise est considérée comme la plus stressante que les répondants aient jamais vécue, 70% d’entre eux affirmant avoir subi davantage de stress. Et parmi les autres effets néfastes, soulignons le déséquilibre vie professionnelle – vie privée, l’épuisement, la solitude et la dépression due à l’absence de socialisation.
Ces effets néfastes, opposés aux bienfaits convoités jusqu’ici par la pratique du télétravail, ne sont pas non plus sans conséquence sur la productivité puisque, selon cette étude, 42% des personnes interrogées estiment que cette situation d’anxiété a fait chuter leur productivité.
D’autre part pourtant, et cela confirme de plus en plus ce qu’on peut constater dans la littérature, 62% des répondants dans le monde estiment que le télétravail est plus attrayant maintenant qu’avant la pandémie.
Reste à se demander si cette motivation à travailler de chez soi ne relève pas aussi aujourd’hui d’une raison inédite jusqu’ici : la sécurité sanitaire ?

Les robots comme personnes de confiance

La crise du Covid-19 a donc contraint les entreprises à pratiquer le télétravail à grande échelle et sur de longues périodes, avec évidemment des conséquences sur le rôle des managers, les habitudes de travail, les moyens de déplacement, les réunions, les espaces de bureaux,… et la liste est longue. Le management et les Ressources Humaines vont donc devoir répondre et prendre encore plus en compte la santé mentale de leurs collaborateurs, bien évidemment pour l’impact sur leur productivité, mais aussi dans une majorité d’entreprises, espérons-le, pour leur bien-être personnel.

Car là où les résultats de l’enquête en question interpellent également, c’est au niveau de l’importance des technologies pour répondre à l’anxiété, au stress et aux autres effets néfastes de la crise sur les salariés. D’un côté, assez logiquement et toujours selon cette étude, 75% d’entre eux affirment que l’intelligence artificielle a contribué à améliorer leur santé mentale au travail. Elle leur permettrait de disposer des informations nécessaires pour travailler de façon plus efficiente (31%) d’automatiser certaines tâches et de diminuer la charge de travail pour prévenir les risques de surmenage (27%). Et enfin, ce qui attire notre attention, c’est que 68 % des répondants préfèreraient parler de leurs problèmes de stress et d’anxiété au travail à un robot plutôt qu’à leur manager et que 80% des salariés sont favorables à l’idée d’avoir un robot comme thérapeute ou conseiller.
A croire donc que, demain, comme effet collatéral de la crise, l’IA sera de plus en plus considérée comme une façon de faciliter l’adhésion du personnel si elle est utilisée comme moyen de réduire leur anxiété et de contribuer à améliorer leur productivité.

Une convoitise inversée

La pandémie n’est pas encore finie, loin de là, mais la dégradation de la santé mentale des travailleurs est déjà une réalité. Aux entreprises à la prendre en compte et au sérieux. Et le télétravail qui se présentait comme un doux rêve dans l’esprit collectif, le reste pour une partie des salariés quand dans le même temps, imposé comme il l’est, il prend des allures de cauchemar pour d’autres, en mal d’interaction sociale. Pourtant, le télétravail deviendra inévitablement la norme et une voie d’avenir pour les entreprises. Alors, lorsque la crise sera derrière nous, il faudra surtout repenser l’entreprise en elle-même en la concevant comme un espace de convivialité suffisamment nourrissant par la plus grande rareté des contacts, avant d’être un lieu de productivité. Parce que d’échos en échos, il y a fort à parier que déjà aujourd’hui et surtout demain, pouvoir se rendre au bureau deviendra un doux rêve.