Même si les restrictions sur les voyages sont levées peu à peu, la plupart des gens semblent préférer la voiture à l’avion. Le tourisme international va-t-il se remettre, ou le surplace actuel du tourisme va-t-il provoquer des changements dans certaines économies ? 

L’UNWTO (United Nations World Tourism Organization) a examiné trois périodes qui ont impacté les voyages internationaux ces dernières années : le SARS, la crise financière mondiale (CFM) et le 9/11. La crise actuelle de la COVID-19 semble composer un cocktail explosif de ces trois événements : une pandémie plus étendue que le SARS, un choc économique plus important que la CFM et une crainte de prendre l’avion comparable à la période qui a suivi le 9/11. Cela nous a fait tomber plus bas que la chute de 45 % du tourisme international neuf mois après la CFM. Les données de l’International Air Transport Association (IATA) montrent en effet que la demande internationale mesurée en passager-kilomètre, ou « RPK », a reculé de 94,3 % en avril.

La durée de la reprise dépendra probablement duquel de ces trois facteurs – le virus, la récession économique ou la crainte de l’avion – durera le plus longtemps. Cette démonstration limitée suggère que l’amélioration de la situation économique peut relancer la demande de voyages.

Davantage de « staycations » en raison de l’augmentation du prix des voyages aériens

L’augmentation de la demande de vacances dans son propre pays représente un fait marquant. Ce mouvement vers les « staycations » peut se voir renforcé par l’augmentation du coût des transports aériens à long terme. À court terme, on s’attend à ce que les prix restent peu élevés. Selon l’IATA, des « réductions importantes devraient stimuler la demande ». Mais, à long terme, le coup dur porté à l’offre peut pousser le coût du transport aérien à la hausse. Depuis avril, la capacité aéronautique a chuté de 77 % sur base annuelle. Il s’agit d’une conséquence des faillites de compagnies aériennes et de la contraction de la flotte aérienne. Les compagnies qui continueront à voler renforceront leur position monopolistique.

Le taux d’occupation par avion devrait également diminuer, notamment si le siège du milieu doit rester libre pour respecter la distanciation physique. Le taux d’occupation maximal s’établirait alors à 67 % (en fonction de la configuration de l’appareil) alors que, selon l’IATA, le taux d’équilibre est fixé à 73 % en 2020. L’augmentation du prix du billet pour les passagers semble donc probable.

L’évolution du prix des billets reste néanmoins incertaine. À plus long terme, les vacances domestiques représenteront-elles une alternative aux voyages à l’étranger ? L’incertitude persiste. La pandémie a entraîné la récession et l’augmentation du chômage. Il en résulte une augmentation de la propension à épargner qui peut peser sur le tourisme plus longtemps que la crainte de voyager.

Un vaccin contre la « maladie hollandaise »

La crise peut également pousser les économies fortement dépendantes du tourisme à se diversifier. La crise de la COVID-19 est décrite comme un choc de redéploiement. Il ne serait pas étonnant que certaines économies profitent de l’opportunité pour réduire leur dépendance au tourisme.

Mais les alternatives au tourisme ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval. La chance que les pays guérissent de la « maladie hollandaise » causée par le tourisme (dans le cadre de laquelle le développement rapide d’un secteur de l’économie entraîne les autres secteurs dans une spirale négative) est réelle. La réduction du nombre de visiteurs internationaux pourrait soulager la pression à la hausse sur les devises locales, ce qui permettrait aux producteurs en difficulté de mieux affronter la concurrence sur la scène internationale. Maintenant que le nombre d’emplois dans le secteur intensif en main d’œuvre du tourisme diminue, les producteurs peuvent également assister à une réduction de la pression salariale au fur et à mesure que la main-d’œuvre disponible augmente.