2020, la crise sanitaire et économique a mis en lumière le rôle majeur des banques centrales pour assurer la stabilité financière. Encore plus réactives qu’en 2008, elles ont su protéger l’épargnant et la dette des États. Et la crise du Covid-19 a ainsi accéléré l’évolution inévitable de leur mandat.

Les banques centrales ont délivré plus qu’anticipé. Il y a plus d’un an, Christine Lagarde rentrait en fonction en tant que présidente de la Banque centrale européenne (BCE) dans un contexte où il semblait que ses marges d’action étaient faibles. Pourtant, en quelques mois, les banques centrales partout dans le monde ont déployé des mesures extraordinaires face à la crise. Non seulement les taux d’intérêt directeurs ont atteint leur niveau le plus bas mais en plus leurs bilans ont explosé. Ainsi le bilan de la BCE est passé de 4,3 à plus de 7 trilliards d’euros. Le bilan de la Fed de son côté est passé de 4,1 à 7,3 trilliards de dollars. Des achats massifs qui correspondent à presque 30 % du PIB déployés par les banques centrales en 2020.

En 2021, les banques centrales européenne, américaine, anglaise et japonaise devraient garder des taux d’intérêt relativement stables. Cependant, du côté des bilans, nous nous attendons à une prolongation des mesures enclenchées au cœur de la crise du Covid-19 dans les prochains trimestres. La Fed devrait prolonger ses achats d’actifs et la BCE devrait prolonger le programme PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) en décembre pour environ 500 milliards d’euros en 2021. Ainsi les bilans des banques centrales (Fed, BCE, BOE et BOJ) pourraient atteindre 61 % de la richesse nationale.

Les banques centrales émergentes aussi

Les banques centrales émergentes ont été aussi extrêmement actives cette année. Elles ont baissé les taux pour faire face à la crise du Covid-19 et ont eu recours au quantitative easing (assouplissement quantitatif). C’est inédit pour ces banques centrales qui, d’un point de vue bilantaire, détenaient très peu de dettes étatiques. Des pays tels que l’Indonésie, la Pologne et les Philippines ont eu recours à ce schéma. Ces achats beaucoup plus faibles que les pays développés ont néanmoins contribué à maintenir le niveau général des taux bas. Les pays émergents, confrontés au risque de fuite de capitaux et de perte de crédibilité, ont réussi à éviter cet écueil dans leur programme d’achats. C’est un succès qui ouvre la voie à d’autres achats futurs.

La Fed a été la première à renouveler son mandat en incluant des paramètres nouveaux dans ses objectifs. Ainsi dans le suivi du taux de chômage, l’inclusion sociale des minorités a été intégrée. En 2021, la BCE poursuivra elle aussi sa réflexion en intégrant le risque climatique. Trois leviers seront ainsi possibles : 1. en tant que superviseur, le recours à des stress tests climatiques ; 2. un changement de politique collatéral pour pénaliser des actifs non verts ; 3. la définition de critères environnementaux dans le cadre de sa politique d’achat.

Vers la fin de l’indépendance ?

L’inclusion de nouveaux risques et la politique massive de quantitative easing posent la légitime question de l’indépendance des banques centrales. Cette indépendance, fruit d’un long combat des années 1990, a permis d’asseoir une vraie crédibilité dans la gestion de la monnaie, de la dette des États et des anticipations d’inflation sur le long terme. Bien sûr, un alignement des politiques monétaires et budgétaires (par exemple pour la gestion du risque climat) peut paraître séduisant. Bien sûr, l’annulation de la dette pourrait être tenante pour certains gouvernements. Mais les banques centrales doivent rester indépendantes du calendrier électoral et des programmes politiques. Car si demain un gouvernement populiste voulait utiliser l’arme monétaire à ses propres fins, cela créerait instabilité et tensions inflationnistes. L’indépendance est clé pour préserver la crédibilité monétaire et la stabilité financière sur le long terme.