Une chronique signée Jean François Bailly, Senior Business Consultant chez Bailly consulting.

A l’heure où la nouvelle coalition gouvernementale présente les grandes lignes de son budget, aboutissement chiffré d’intenses négociations et de choix politiques parfois bien difficiles, il est intéressant de replacer notre budget d’état dans une perspective Européenne. 27 pays font le même le même exercice : celui des choix budgétaires sous l’œil intéressé de la commission européenne. Alors, que nous révèle une analyse comparative avec nos voisins européens ?

Comment comparer les dépenses des différents pays européens ?

La mesure comparative la plus simple est le rapport entre les dépenses d’un état et son produit intérieur brut (PIB). En 2019, la moyenne des dépenses des états européens correspond à 47% de leur PIB. Comparativement, les dépenses de la Belgique correspondent à 52 % du PIB ; ce qui nous positionne a la 3ème place des pays avec les dépenses publiques les plus élevées derrière la France (55.6%) et la Finlande (53%). Par corrélation, nous retrouvons donc ces trois mêmes pays sur le podium des états avec le plus haut niveau de taxation. A titre de référence, l’Allemagne dépense 45.4% de son PIB et un pays à tradition plus libérale comme le Royaume Uni (UK) 41% de son PIB. Si on examine l’évolution de nos dépenses au cours des 10 dernières années, on observe une croissance sur la période 2010-2014 pour atteindre 56% du PIB en 2014, point d’inflexion suivi d’une contraction sous le gouvernement Michel ramenant ce taux à 52% en 2019.

La commission européenne a défini une classification des dépenses d’état qui permet une comparaison intra européenne pour les principaux postes.

La Protection sociale

La protection sociale est le poste le plus important des budgets d’état pour l’ensemble des pays européens : il est constitué pour sa part la plus importante des pensions auxquelles s’ajoutent les allocations de chômage, subsides à l’emploi, assurance maladies et invalidités, allocations familiales et support pour logements sociaux. La part du PIB consacrée à la protection sociale est de 19% en Belgique, ce qui correspond précisément à la moyenne européenne. De manière intéressante, la Belgique consacre proportionnellement un peu moins de la moitié de la protection sociale au système des pensions alors que la moyenne Européenne est supérieure à 50%. Ceci n’a d’ailleurs pas échappé à la Vivaldi qui propose une revalorisation des pensions les plus basses. Au niveau européen, la France est le pays qui consacre la part la plus importante de son PIB (24%) à la protection sociale, en particulier en raison d’un système des pensions particulièrement onéreux. A l’autre extrême, se trouve le Royaume Uni qui, tradition libérale oblige, limite la protection sociale à 15% de son PIB.

La Santé

La santé est le second secteur en termes de dépenses. La Belgique y consacre 7.6% de son PIB pour une moyenne européenne de 7%. Le Danemark est champion de cette catégorie avec 8.3% de son PIB : la Belgique se situe ainsi en 4ieme position au niveau européen. Depuis 2015, la Belgique a graduellement réduit sa contribution à la santé en passant de 8% à 7.6% pour se recadrer dans la moyenne européenne. On comprend mieux la tension résultante de cette réduction de budget alors que le vieillissement de la population conjugué à l’augmentation des coûts des médicaments accentuait la pression à la hausse sur le budget des soins de santé.

Services publics et dettes

Il nous faut ici séparer le cout de la dette du cout du fonctionnement de l’état. Le coût de la dette (2.2% du PIB) est marginalement plus élevé en Belgique par rapport à la moyenne européenne (2%). On observe ici une large disparité au sein de l’Europe avec comme bons élèves les pays Baltes, les pays Scandinaves, l’Allemagne et la Hollande. A noter, l’évolution positive, en particulier pour la Belgique où la diminution du coût de la dette a permis de réduire son poids de 4% à 2.2% en 10 ans. Hors dette, le poids de nos institutions et administrations publiques est de 5% du PIB pour une moyenne européenne de 4%. Le niveau de détail subséquent nous apprend que tant nos administrations publiques que nos institutions législatives, exécutives et représentatives participent à la même tendance : nous sommes moins efficaces que des pays de référence comme la France et l’Allemagne. Seuls les pays à fort héritage socialo-soviétique maintiennent une administration plus coûteuse que la nôtre.

L’éducation

La moyenne européenne pour l’éducation est de 4.6% du PIB. La Belgique y consacre 6.2 % de son PIB ; ce qui, certes, représente 35% de plus que la moyenne et nous positionne au 3ème rang derrière la Suède et le Danemark. La Belgique fait partie des quelques pays qui offrent un système éducatif public ouvert et complet, de la maternelle à l’enseignement supérieur. Si on peut se féliciter de la qualité de notre enseignement supérieur, on ne peut occulter les questionnements sur le rapport coût/efficacité mis en lumière a plusieurs reprises (enquête Pisa, fragmentation des réseaux, coordination de la recherche, orientation des étudiants…). La part réservée à l’éducation a été stable au cours des 10 dernières années.

Affaires économiques

Ce secteur inclut les dépenses d’infrastructures publiques (transport, communication, énergie) ainsi que les programmes de support au commerce, à l’industrie et à l’agriculture . La Belgique est le pays occidental qui consacre la part la plus importante de son PIB (6.6%) aux affaires économiques - deux fois plus que l’Allemagne et 50% supérieur à la moyenne européenne (4,4%). Si les dépenses d’infrastructure en Belgique sont marginalement plus élevées, la commission européenne, dans son rapport de mai 2019, pointe surtout les subsides au secteur privé sous forme de réduction d’impôts et de cotisation sociale ainsi que le financement des titres services.

Justice, ordre public et défense

Les dépenses de l’Etat Belge pour la justice, police et sécurité se situent à hauteur de 1.7% du PIB – précisément au même niveau que la moyenne européenne. En particulier, la part consacrée à la justice est 0.3% du PIB, un niveau somme tout assez faible et qui pose question sur le sous financement chronique de ce secteur, socle de nos démocraties. La modernisation et la digitalisation des administrations publiques et fiscales ont été beaucoup plus rapides que celles de la justice.

Ajoutons que la part réservée à la défense et à notre armée est de 0.8% du PIB ; 4 dixièmes inférieure à la moyenne de l’Union Européenne.

Les autres secteurs d’activité de l’Etat

L’environnement inclut la protection de l’environnement et de la biodiversité, le traitement des déchets et eaux usées et les politiques de réforme du logement. La Belgique apparait comme bon élève au niveau européen partageant le podium avec les Pays-Bas, ces deux pays y consacrant 1.3% de leur PIB alors que la moyenne européenne est de 0.9%.

Pour ce qui est du secteur de la culture, des loisirs et des religions, on observe une disparité assez importante au sein de l’Europe : la Belgique est légèrement au-dessus de la moyenne européenne avec 1.3% de son PIB consacré à ce secteur.

Que retenir de ce tour d’horizon ?

A l’exception du système des pensions et des dépenses d’ordre publique et de défense, la Belgique se trouve, pour l’ensemble des catégories, dans la fourchette supérieure par rapport à la moyenne européenne. Si on ajoute à cette constatation que notre dette nationale est elle aussi au-dessus de la moyenne européenne, on se rend bien compte que la marge de manœuvre pour les année futures est bien étroite ; d’autant plus étroite qu’il nous faudra dégager de nouveaux moyens pour financer les plans de relance post pandémie et l’accroissement de dettes qui en résultera. Il faut espérer que nous ne cèderons pas à la facilité de créer un nouveau déficit structurel dont hériteront les générations futures. Il reste bien entendu l’alternative fiscale pour dégager de nouveaux moyens. Mais, là aussi, notre système fiscal existant est arrivé au bout de sa logique en surtaxant le travail et en asphyxiant le pouvoir d’achat. Toute réforme fiscale doit avoir pour priorité, non pas d’augmenter l‘assiette fiscale, mais de redistribuer la charge fiscale en allégeant, en priorité, la fiscalité sur les bas et moyens salaires. Cette analyse, par catégorie de dépenses, n’est pas suffisamment fine que pour dégager des pistes de transferts de budget (on laissera cela au soin des bureaux des différents partis). Elle nous donne toutefois un bon aperçu du cadre général européen et de la situation de la Belgique par rapport aux pays membre de l’union européenne.

(1) Eurostat: Government revenue and expenditure 22-06-2020.