« Retour au papier » s’exclament les pouvoirs publics au vu des derniers couacs administratifs entourant la mise en œuvre de la stratégie de vaccination. Si on ne parlait pas de pandémie et de santé publique, on aurait presque envie de sourire à ce retour à la case départ. En effet, en raison de problèmes informatiques et au vu des difficultés à accéder aux données publiques, de nombreux belges contactés par mail ou SMS n’ont pas répondu présents à leur convocation vaccinale. A l’heure où nos médecins envoient en direct les prescriptions médicales à notre pharmacien, que notre banque nous permet de signer nos emprunts hypothécaires via nos smartphones ou que nous payons nos factures via QR-codes… cette situation, même dans un contexte complexe telle que nous le vivons, illustre les difficultés des pouvoirs publics à pleinement prendre le virage de la digitalisation.

C’est pourtant un virage essentiel afin de garantir la pertinence du secteur public face à l’évolution des usages numériques dans notre quotidien. Grâce au digital et à ses applications, tout semble en effet être désormais plus simple et plus rapide, ce qui pousse en retour les citoyens à devenir de plus en plus exigeants envers les services publics encore trop souvent pensés sous l’angle du référentiel « wébérien ».

Les circonstances actuelles nous rappellent, peut-être un peu brusquement, que digitaliser les services publics, ce n’est pas succomber à un appel de mode… c’est au contraire, toucher au cœur même du « vivre-ensemble » afin de s’assurer que les institutions qui créent de la solidarité, qui financent la recherche, qui financent le secteur des soins de santé ou qui structurent notre politique énergétique restent des acteurs pertinents face aux attentes des citoyens et des enjeux sociétaux.

Mais si digitaliser est un défi, comme tout processus de changement et d’innovation, Il existe pourtant de belles réussites sur lesquelles les pouvoirs publics peuvent aujourd’hui construire et dégager des bonnes pratiques. Pensons ainsi au développement de l’application « Itsme » qui révolutionne notre manière de nous identifier de manière sécurisée ou encore le déjà bien éprouvé « Tax on Web ». Sans parler des nombreuses « success stories » chez nos voisins ou partenaires européens. Pensons ainsi au développement des « start-ups d’état » en France, qui ont permis de développer des applications digitales à partir des pratiques des fonctionnaires en bousculant les codes de la gestion publique, ou encore le basculement vers l’administration « full digital » de l’Estonie qui ne cesse d’impressionner le monde.

Mais pour digitaliser, il convient de développer une vision stratégique et commune de l’outil public. Vaste programme dans des organisations encore trop souvent organisées en silos et où la transversalité et la co-construction ne sont pas forcément un réflexe naturel. Pas facile non plus pour ces organisations publiques de proposer des cadres innovants et créatifs tout en étant mises sous pression par des enjeux politiques et des règles de gestion trop rigides entravant le leadership des « managers publics », certes sous mandat, mais sans véritable liberté de gestion et d’initiative.

Digitaliser les services publics, c’est donc un projet commun, un projet fédérateur qui appelle tant les acteurs publics que les citoyens à travailler ensemble afin de repenser la manière dont les services publics aujourd’hui s’inscrivent dans notre quotidien. Ça demande de l’ouverture et de la curiosité face aux nouvelles technologies. Ça demande de la flexibilité et de la collaboration entre le secteur public et privé. Ça demande aussi des cadres réglementaires efficaces afin de protéger nos vies privées. Ça demande enfin des moyens conséquents pour questionner en profondeur les bases du fonctionnement des services publics. Sur ce dernier point, les montants importants mis sur la table par les pouvoirs publics au travers des différents plans de relance laissent à penser que nous nous

trouvons à un moment charnière … Avec presque 1 milliard cumulé sur l’ensemble des entités belges annoncées, nous avons potentiellement une vraie occasion de faire basculer les services publics vers la digitalisation et orienter l’action publique au plus près des attentes des citoyens.

Mais c’est aussi un défi énorme qui doit inévitablement imposer un dialogue constant et un alignement de l’ensemble de cadre de l’action publique afin de faire de la digitalisation un vrai levier de croissance et de transformation. C’est donc à un vrai « partenariat stratégique » qu’il est nécessaire d’œuvrer aujourd’hui afin de rassembler et d’aligner tant les acteurs publics et privés afin de construire aujourd’hui les bases de la Société de demain en mobilisant toute l’expertise disponible et toute l’intelligence collective au profit du vivre-ensemble. Concertation, partenariat, innovation et créativité sont donc assurément au cœur des prochaines étapes du virage digital belge. Il est évident qu’Agoria et ses membres sont ouverts, volontaires et disponibles pour ouvrir ce dialogue au profit de tous.