Nos gouvernements sont en concurrence contre eux-mêmes. Les séparations organisées entre les entrepreneurs de chaque région nous privent d'énormes opportunités.

– Chronique signée Emna Everard, cofondatrice et CEO de Kazidomi

Pas loin de 400 ans av. J-C, Philippe II de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, utilise ces mots: "Diviser pour mieux régner". Il évoque une stratégie qui vise à semer la discorde au sein de certains groupes pour amoindrir leur pouvoir. Deux millénaires et demi plus tard, il semble que la citation soit plus que jamais d’actualité chez nous. Pourtant, il est à se demander qui est responsable de cette discorde qui ne bénéficie à personne, j’en veux pour preuve mon expérience personnelle.

Je suis une jeune entrepreneure belge, enfin Bruxelloise plutôt. La subtile différence ne devrait sans doute pas mériter de précision mais pourtant, elle est fondamentale.

Loin de moi l’idée de rouvrir des plaies déjà douloureuses pour tout un chacun, moi-même déjà un peu fatiguée des débats sur la régionalisation, le fédéralisme et les scissions de l’état, mais je voudrais vous dépeindre les réalités des entrepreneurs belges.

Entreprendre en Belgique est souvent décrit comme un chemin de croix en soi, on évoque par exemple: un marché potentiel trop petit, des taux de taxation record, des capitaux plus difficiles à lever, etc.

Ce n’est pas, l’objet de ces quelques lignes. J’ai l’intime conviction que chaque nation vient avec un lot de complexités qui lui est propre. Je voudrais ici parler de la concurrence que mènent nos gouvernements contre eux-mêmes.

Faisant partie d’une jeune génération d’entrepreneurs qui visent à faire bouger les choses et créer des entreprises en croissance rapide, peu m’importe de savoir où sera mon siège social. Je l’ai établi à Bruxelles, un peu par hasard.

Depuis lors, cette situation a défini bien plus que ce que nous avions soupçonné: l’accès à certains organismes de financement publics, l’accès à des subsides, l’accès à des conseils publics, la réglementation à laquelle nous sommes soumis... Sans le savoir, nous avons en fait "choisi un camp".

Les choses vont plus loin, j’observe que les organes de financement qui nous soutiennent sont pieds et mains liés face à leurs obligations. Ils ne peuvent nous soutenir que si notre activité demeure à Bruxelles. Et lors de représentations internationales, nous voilà séparés des stands d'entreprises venant d’autres parties de la Belgique.

Tout cela crée un schisme complet entre les entrepreneurs de chaque région et détruit ainsi d’énormes opportunités de synergies.

Je cherche alors à comprendre qui tire les ficelles de ces conflits risibles?

Les seuls à en bénéficier sont nos voisins, allemands, français, néerlandais qui opèrent sur des marchés bien plus grands mais qui parviennent malgré tout à collaborer à une échelle nationale.

Pour pouvoir leur tenir tête, la solution paraît évidente, il faut mener l’assaut de front, côte à côte.


Emna Everard, cofondatrice et CEO de Kazidomi, l'épicerie en ligne belge de produits sains et bio