Que le prochain ministre prenne la mesure qui s'impose: les épargnants, l’économie et les banques peuvent y gagner en étendant l’exonération fiscale pour les livrets d'épargne.

– Chronique signée Wouter Vanderheere, co-fondateur et dirigeant de TopCompare.be

Il faut laisser les personnes décider elles-mêmes de la composition de leur portefeuille sans perdre des avantages fiscaux. C'est la seule façon d'encourager les épargnants à investir et à donner plus d'oxygène à notre économie.

C’est une période difficile pour les épargnants. Le taux d’intérêt de l’épargne est de 0,11%, le minimum absolu, dans 41 des 78 livrets d’épargne réglementés en Belgique. Malgré cela, le montant dans les livrets d’épargne a atteint un chiffre record. Les livrets d'épargne ne contiennent pas moins de 275 milliards d'euros. Ce comportement d'épargne est problématique pour les Belges. En effet, notre pouvoir d’achat diminue d’année en année si nous plaçons notre argent sur un compte d’épargne car les taux d'intérêt de l'épargne ne sont pas assez élevés pour suivre l'inflation.

Les banques sont également mécontentes de la situation actuelle. Pendant les vacances d’été, la banque CBC/KBC, entre autres, a exprimé son mécontentement à l'égard de la législation belge sur les livrets d'épargne. Selon la banque, les livrets d'épargne bénéficient d'un avantage trop important par rapport aux autres produits d'épargne et de placement. Par exemple, il n’y a pas de précompte mobilier de 15% à payer sur la première tranche de 980 euros d'intérêts sur les livrets d'épargne réglementés. Alors que cette retenue d'impôt est de 30% pour tous les autres produits d'investissement.

Les banques tentent pourtant de pousser leurs clients vers d’autres produits, mais les épargnants belges sont hésitants et ne souhaitent pas dire au revoir à leur livret d’épargne. C’est là que le gouvernement joue un rôle crucial. Il appartient au futur ministre compétent de rendre les autres produits d'épargne et d'investissement plus attractifs.

Le gouvernement précédent a déjà pris quelques mesures modestes dans cette direction. L'une des initiatives les plus marquantes de ces dernières années a été la réduction de moitié de l'exonération fiscale sur les livrets d'épargne à 980 euros. Toutefois, la Banque nationale montre que cette réduction n'a pas atteint son objectif. Cette réduction de moitié ne se fera sentir que lorsque les taux d'intérêt de l'épargne seront nettement plus élevés. Avec un taux d'intérêt de 0,11 %, vous devez disposer de 890.000 euros sur votre compte d'épargne avant de commencer à payer des impôts. Cependant, il y a très peu de chances que nous puissions nous attendre à une augmentation. Cela a été confirmé en septembre par le président sortant de la BCE, Mario Draghi.

Les investisseurs ont par contre reçu un supplément fiscal cette année. Désormais, ils peuvent récupérer jusqu'à 640 euros de précompte mobilier sur les dividendes via leur déclaration fiscale. Les décideurs politiques semblent se rendre compte que l'investissement doit être rendu plus attractif d'un point de vue fiscal et non puni, comme c'est le cas avec la taxe de spéculation qui a été abolie.

Nous sommes encore loin de l’objectif. L'écart entre les livrets d'épargne et les autres produits d'investissement est encore beaucoup trop important. Ce n'est que lorsque cette lacune sera comblée que les épargnants seront prêts à chercher des options plus lucratives. L'un des moyens pour atteindre cet objectif est d'étendre l'exonération fiscale sur les livrets d'épargne à d'autres produits. Donner aux gens la liberté de décider eux-mêmes de la composition de leur portefeuille sans perdre des avantages fiscaux. En outre, un taux uniforme stimulerait l'intérêt pour les alternatives au compte d'épargne traditionnel. Aux Pays-Bas, par exemple, il existe déjà un impôt général sur la fortune. Les actifs jusqu'à environ 30.000 euros sont entièrement exonérés d'impôts, qu'il s'agisse d'épargne ou d'actions, le précompte mobilier y est de 30 pour cent.

Les épargnants, les banques et l'économie profiteront tous d'un élargissement de l'avantage fiscal. Les épargnants peuvent chercher à obtenir des rendements plus élevés sans renoncer aux avantages fiscaux.

Les banques bénéficieront également d'une telle mesure. Elles doivent payer une taxe bancaire sur le capital qui est gardé dans les livrets d'épargne réglementés. En outre, les banques doivent payer le capital d'épargne excédentaire à la Banque centrale européenne à un taux d'intérêt négatif (-0,5%) en fin de journée. Enfin, des produits tels que les fonds d'investissement fournissent des revenus supplémentaires.

C'est le gouvernement qui a appris au belge à épargner par le biais du traitement fiscal du compte d'épargne ; c'est maintenant au gouvernement de lui montrer qu'il existe des alternatives aux comptes d'épargne à faible taux d'intérêt. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons protéger notre pouvoir d'achat dans les années à venir et guider l'économie dans cette période de faible croissance.